#Généathème

#geneatheme : mon plus grand bonheur généalogique de l’année 2017

La généalogie, ce n’est pas seulement chercher des actes de naissance, de mariage, de décès que l’on trouve rapidement et qui nous entraînent vers d’autres mêmes actes… Ce n’est pas non plus réussir à remonter une, deux, trois générations en quelques heures ou encore tomber sur la bonne personne en tournant quelques pages papier ou numérique… La généalogie c’est aussi se tromper, revérifier ses sources, se lancer sur de nouvelles pistes… C’est aussi espérer trouver, après des années de recherche, un indice, une toute toute petite chose qui relancerait une piste. C’est relire et relire des actes dans le doute d’être passé à côté de quelque chose d’important…

Mon année généalogique a été riche de plein d’événements, de trouvailles, de recherches un peu plus poussée.

Cette année, je me suis lancée, enfin, à créer mon blog dans lequel je pourrai partager les recherches sur mes ancêtres. Tout d’abord pour ma famille afin que eux aussi puissent avoir des petits morceaux d’histoire de leurs ancêtres. A aucun moment je ne pensais découvrir que, derrière tous ces blogs traitant de la généalogie, de la passion de chacun, se cachait une communauté incroyable de généalogistes amateurs et professionnels toujours prêts à s’entraider les uns les autres. Je ne m’attendais pas à autant d’encouragements, de conseils, de discussions… Je ne m’attendais pas à découvrir cette fourmilière généalogique qui grouille d’idées, à la pointe de la technologie. Je ne m’attendais pas à rencontrer des personnes extraordinaires, bourrée de talent tant dans l’écriture des articles et des rendez vous généalogiques, des personnes généreuses, prêtes à transmettre leur savoir, leur technique, leur organisation avec une envie folle de partager cette passion qui les anime… Je tenais sincèrement à vous remercier aujourd’hui pour tous ces moments, virtuels certes, mais tellement enrichissants.

Cette année, grâce cette communauté, j’ai repoussé mes limites. J’ai tenté de participer à tous les rendez vous possible comme le challenge AZ sur la page Facebook de mon AGP Jules GASNAL mais surtout le #RDVAncestral. N’est-ce pas merveilleux de pouvoir rencontrer ses ancêtres ? Grâce à cet exercice, j’ai découvert que j’adorais écrire… Alors même si le temps me manque parfois, je ne veux louper aucun #RDVAncestral !

J’ai également poussé un peu plus mes recherches sur quelques uns de mes ancêtres. Je pense à Philoxime DESON. Je rêvais depuis des années d’avoir son dossier médical. Aussi triste qu’il soit, c’est chose faite ! Je lui ai d’ailleurs dédié un article en décembre : de la guerre à l’asile. Je pense aussi à Marcel Jules LEGER. J’ai pu consulter son inventaire après décès et m’assurer qu’il n’avait pu élever ses enfants étant veuf depuis la naissance de son fils.

Bien sur, et comme toujours me direz vous, il y a Jules. Après 10 ans de recherches continuent, en pestant souvent, en désespérant parfois, en pensant quelques fois qu’il fallait arrêter de chercher des choses qui n’existent probablement pas ou plus, je suis tombée, presque par hasard sur une transcription dans les registres des naissances de la communes de Suresnes (92) de l’acte qui devait lui servir d’acte de naissance !! Quel joie évidemment ! De l’euphorie même je dirais ! Voilà un petit morceau de son histoire retrouvée ! Moi qui doutait sérieusement de pouvoir découvrir quelque chose avant son admission aux enfants assistés du département de la Seine en 1864, et bien non !!! Je découvre que Jules a été laissé par sa mère et sa grand-mère à une Madame ROUX d’abord qui était chargée de s’occuper de lui (août 1862). Mais ces dernières ayant disparues de la circulation quelques semaines après et n’ayant rien laissé à cette dame ROUX, ni argent, ni papier justifiant l’identité de Jules, elle décide de le déposer à l’assistance en mars 1864 ayant elle non plus pas les moyens de l’élever… Après l’euphorie, la tristesse, pauvre Jules…. Un si petit garçon et certainement si gentil (évidemment c’est Jules voyons !) déjà balloté comme ça…

Enfin, il faut s’y faire… La vie de nos ancêtres n’était pas rose avec des paillettes !

En ce jour du 28 décembre 2017, 89 ans après la disparition de Jules, je voulais lui rendre un dernier hommage (de l’année bien sûr, car je reviendrai avec lui en 2018). Je vous souhaite à tous de passer un très bon réveillon de la Saint Sylvestre et soyez heureux et en bonne santé surtout…

Jules et sa femme Blanche
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#RDVAncestral

#RDVAncestral : 2 août 1915

Chaque troisième samedi du mois, il est possible de partir à la rencontre de ces ancêtres. Le #RDVAncestral est un projet d’écriture, ouvert à tous, qui mêle littérature et généalogie. L’idée principal de ce rendez-vous est de partir à la rencontre de ces ancêtres, à l’époque choisi, et d’imaginer la suite. Vous pouvez retrouvez les rencontres de tous les participants sur le site http://www.rdvancestral.com.

Ah Oger ! Quel plaisir d’être aujourd’hui dans ce joli village typiquement champenois de la Côte des Blancs ! Ses fontaines, ses lavoirs, ses jolies maisons en appareillage champenois et ses vignes qui l’entourent. Je le connais bien pour avoir travaillé à la Mairie pendant presque 4 ans et les étés aussi au point d’informations touristiques. Oui Oger est touristique ! Il y a de nombreuses maisons de champagne très accueillantes et proposant des assemblages de Champagne de qualité. Il y a aussi des fleurs, beaucoup de fleurs puisque le village a obtenu en 2005 la médaille d’or au concours européen des villes et villages fleuris.

Oger 2

Cartes Postales – Entrée principale de la Mairie – Collection personnelle

 

Dans la rue du Gué où je me trouve actuellement, il y a quelques fleurs mais beaucoup moins que lorsque je l’empruntais ! Il fait doux mais le temps est assez couvert. Je décide de la remonter jusqu’à la mairie. Comme toujours lorsque je marche un peu, je me perds dans mes pensées. Oger est un village limitrophe au sud de la commune d’Avize où réside mes ancêtres. Je sais que Jules et Blanche GASNAL ont des terres à Oger mais est-ce eux que je vais voir en ce jour orageux ? En septembre dernier, j’avais rendu visite à Jules dans son bureau de tabac. C’était un jour de septembre 1909, peu avant les vendanges. Est ce qu’il pourrait me reconnaître si je le vois aujourd’hui ? Bon il faut vraiment que j’arrête de penser à Jules, il n’y a pas que lui dans la vie !

J’arrive enfin en haut de la rue du Gué. J’aperçois un petit attroupement devant la mairie, essentiellement des femmes. Je m’approche d’un peu plus près. D’autres personnes affluent et se saluent bien poliment. Ce qui me semble bizarre, c’est qu’il y a très peu d’hommes. Mais après tout, c’est peut-être un rendez-vous spécial…

Je suis enfin assez proche du groupe pour entendre une vieille dame dire à une autre :

« Je suis très heureuse pour Clara. Charles est un bon garçon et beau qui plus est ! Ma petite fille sera bien avec lui. Satanée guerre, c’est aberrant qu’il ne puisse être présent pour célébrer ses noces ! »

J’ai les réponses à mes questions ! Nous sommes en temps de guerre ! Toutefois, les paroles de la vieilles dames m’intriguent. Le marié ne serait pas là pour son mariage ? C’est possible ça ?

Un homme ouvre les grilles de la Mairie.

« Mesdames, Messieurs, je vous invite à entrer dans la mairie pour la célébration du mariage. Laissez passer les mariés devant. »

Une jolie demoiselle, tout de blanc vêtue, s’avance aux côtés d’un homme… Il semble avoir un âge avancé mais je ne le vois pas très bien, pourtant sa silhouette ne m’est pas inconnu mais… Mais bon sang, c’est quoi cette mascarade. La jolie demoiselle, Clara je suppose, est au bras de Jules ! Oui oui mon Jules GASNAL. Pas le fils, qui aurait l’âge de se marier d’ailleurs mais bien mon Jules, le buraliste… Je suis un peu chamboulée.. Qu’il soit présent à ce mariage pourquoi pas, il est peut être ami avec les parents, ce peut être des voisins… Mais comment peut-il être aux premières loges, à côté de la mariée. Je suis les dizaines de personnes invitées et je pénètre à mon tour dans la mairie. Nous empruntons l’escalier qui se trouve à droite de l’entrée pour monter à l’étage où se situe la salle des mariages. Elle devrait être assez grande pour contenir tout le monde.

Les mariés se tiennent côte à côte devant le maître de cérémonie et devant la table où sont posé les registres d’état-civil qu’ils signeront.

« Mesdames, Messieurs, approchez que tout le monde puissent entrer« .

Je me faufile entre les invités pour m’approcher au plus près. Je scrute les personnes présentes et je vois Blanche de l’autre côté de la salle… Les 2 demoiselles à côté d’elle doivent être Odette et Yvonne, les 2 filles de Jules et Blanche, elles sont âgées de 14 et 15 ans.

L’homme reprend la parole :

« Bienvenue à tous dans la maison commune d’Oger. En l’absence de Monsieur le Maire, et en tant qu’adjoint, c’est moi, Léon LEMAIRE qui célébrera le mariage projeté entre Mademoiselle Clara Léopoldine COLLARD ici présente et Charles Félix GIOT, malheureusement absent puisque mobilisé au sein de l’Armée française, et donc représenté par Monsieur Jules GASNAL agissant comme fondé de procuration spéciale.

Je vais commencer la cérémonie en vous donnant lecture des articles du Code Civil :

Article 212 : les époux se doivent mutuellement fidélité, secours et assistance.

Article 213 : les époux assurent ensemble la direction morale et matérielle de la famille. Ils pourvoient à l’éducation des enfants et préparent leur avenir.

(…)

Après cette lecture, je dois vous demander si un contrat de mariage a été passé entre les 2 époux. Jules et Clara répondent négativement à la demande de Monsieur LEMAIRE. Nous allons donc passer aux échanges de consentement des époux :

Mon mandant a déclaré vouloir prendre pour épouse Mademoiselle Clara Léopoldine COLLARD, intervient Jules.

Moi Clara Léopoldine COLLARD, je déclare vouloir prendre pour époux Charles Félix GIOT. 

– Je déclare donc Charles Felix GIOT et Clara Léopoldine COLLARD unis par le mariage.

Nous allons passer à la lecture de l’acte qui sera inscrit sur les registres d’état-civil de la commune en double exemplaires. Si les informations sont exactes, nous passerons à la signature des registres par les époux, les témoins et les parents présents »

Acte de mariage – 2/08/1915 – Commune d’Oger

 

Alors voila ! Jules est là à la place de Charles. Charles qui doit être un ami de Jules Etienne Marie GASNAL, le fils cadet de Jules né en 1892 tout comme Charles. Ils ont dû tous deux faire leur service militaire ensemble puisqu’ils font partis du 155ème Régiment d’Infanterie basé à Commercy (Meuse-55).

La cérémonie étant terminée, les invités quittent la salle. Je les laisse passer afin de pouvoir au moins saluer Jules. Je l’attends patiemment près de la sortie. Au moment où il s’approche, je tente ma chance :

« Bonjour Jules, dis-je.

Oh Bonjour Emeline ! Que fais-tu ici ? Avancez Clara, je vous rejoins tout de suite.

C’est le jour du rendez-vous ancestral et je suis arrivée à Oger. Je ne savais pas qu’il était possible de remplacer quelqu’un pour un mariage !

Moi non plus figure toi, me dit-il avec un petit rire, on peut en faire des choses quand on réfléchit et que l’on se renseigne auprès des bonnes personnes !

Oui tu as bien raison ! Toi et Blanche avez réussi à avoir des nouvelles de Jules ?

Nous lui envoyons des courriers et des colis en Allemagne. J’espère qu’il les reçoit. Il nous dit dans ses lettres qu’il va bien mais je m’inquiète beaucoup. Combien de temps vont-ils le garder prisonnier ? Quelle guerre ! Les nouvelles du front ne sont pas bonnes…

Tu sais que je n’ai pas le droit de te dire grand chose sur le futur mais ne t’inquiète pas trop pour Jules, ca va aller…

Je suis vraiment désolé, j’aimerais beaucoup rester avec toi mais je suis attendu en bas. 

Oui je sais Jules. Ce n’est pas grave, je reviendrais te voir chaque fois que je le pourrais et si tu le veux bien bien-sûr… Je tente de cacher ma déception de devoir écourter ce rendez-vous… Comme à chaque fois que je vois Jules, j’aimerais pouvoir rester des heures et des heures avec lui, j’ai tellement de choses à lui demander, il est tellement extraordinaire…

Evidemment. Et j’aimerais bien comprendre comment tu fais pour venir me voir ! Tu as inventé une machine ? Ça m’intéresse beaucoup !

Non Jules, pas de machine ! Je ne peux m’empêcher de rire un peu. Je ne suis pas aussi ingénieuse que toi ! 

Il hausse les épaules.

Tu as dit que tu étais vigneron, tu as laissé tomber ton bureau de tabac et l’épicerie ?

C’est une histoire un peu trop longue pour aujourd’hui. Jules me prend les mains. Tu reviendras me voir et on discutera tous les deux. Je te présenterais Blanche aussi ! Tu resteras dîner avec nous. 

J’aimerais beaucoup !

Au revoir ma petite fille et à très vite.

Au revoir Jules.

Jules descend les marches de l’escalier. Me voilà bien seule dans cette Mairie. Je regarde par la fenêtre le cortège quitter la mairie. A bientôt Jules…

 

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A Oger, je m’occupais, entre autres, de l’Etat-civil et du cimetière ! C’était un privilège de pouvoir feuilleter tous les jours les registres d’état-civil ! J’ai entrepris la réorganisation administrative du registre du cimetière qui était un beau sac de nœud. Depuis la création du nouveau cimetière dans les années 1890, tout était consigné dans un petit carnet. J’ai créé des classeurs et un suivi informatique pour les nouvelles concessions et la reprises des anciennes. J’ai inscrit les dates et lieux de naissance, mariage et décès de chacun des occupants du Cimetière. C’est en réalisant ce travail que je suis tombée, par hasard lors de l’ouverture du registre des mariages de 1915, sur la signature de Jules ! Un petit coup de chance !

 

 

 

 

Histoires diverses

De la guerre à l’asile…

« Pépère, il était comment ton papa ? »

Cette question, je l’ai souvent posé à mon grand-père maternel sans avoir de réponse concrète.

« Tu sais mon père il a fait la guerre 14 », « il a été gazé dans les tranchées » ou encore « il a vu ses camarades mourir »… Ses réponses étaient évasives lorsqu’il ne changeait pas volontairement de sujet.

En même temps, comment connaître une personne que l’on a vu si peu et certainement pas sous son meilleur jour ?

Philoxime, mon arrière-grand-père, est décédé le 18 mai 1931 à l’Asile de Prémontré dans l’Aisne alors que mon grand-père Raymond n’avait que 10 ans.

Ses réponses cachaient sans doute les dernières années de cohabitation qui ne devaient pas être très joyeuses.

Philoxime Eugène DESON est né le 24 mars 1885 à Cuirieux, petit village agricole de l’Aisne, près de Marle. Il est le 5ème enfant du couple que forme Philoxime Alexis DESON, 31 ans et HERBERT Zélia Amélie, 26 ans. Tous deux auront 13 enfants de 1878 à 1900 dont 3 décéderont dans leur première année.

Philoxime mène une vie banale de domestique de culture dans son village natal. Le 6 octobre 1906, il est incorporé au 45ème Régiment d’Infanterie basé à Laon (02) pour son service militaire sous le numéro de matricule 803. Soldat de 2ème classe, il passe au 2ème escadron du train des équipages militaires le 10 septembre 1907. Il retourne chez lui le 25 septembre 1908 avec son certificat de bonne conduite. Il passe dans la réserve de l’armée active le 1er octobre 1908.

Philoxime se marie le 10 juin 1910 à Goudelancourt-les-Pierreponts (02), village voisin de Cuirieux, avec la Berthe Marie Julia HINCELLIN.

En 1914, la guerre éclate. Comme des milliers d’hommes, il est rappelé à l’activité le 1er août par le décret de Mobilisation Générale et rejoint le 2ème escadron du train des équipages le 3 août 1914. Je n’ai pas beaucoup d’informations concernant cet escadron. Il devait probablement être à l’arrière du front en soutien aux Armées dans le ravitaillement militaire et celui des hommes.

A la maison, Berthe s’occupe de ces 2 premiers enfants : Victor né en 1911 et Berthe né en 1912. Le 17 janvier 1915, Berthe accouche de son troisième enfant qu’elle prénommera Olivier Philoxime. La guerre est toujours très active et se déroule à quelques kilomètres de chez elle. Ils résident, en cette année 1915, à Goudelancourt-les-Pierreponts.

En 1916, la guerre change de visage pour Philoxime. Le 13 janvier il est incorporé au 25ème Régiment d’Artillerie de Campagne (RAC) basé à Châlons-sur-Marne (51). Maintenant il est intégré aux combats meurtriers de cette guerre d’usure : Verdun, la Somme, Berry-au-Bac, le Chemin des Dames et pour terminer l’offensive de l’Aisne et les Monts de Flandre. Des noms qui résonnent que trop bien et prononcés par mon grand-père. Qu’avait bien pu raconter Philoxime à ce sujet ?

Composé de 3 groupes de 9 batteries de 75 (36 canons), le 25ème RAC a su se distinguer au cours de ce conflit. A Verdun en juin 1916, 180 000 coups de canon sont tirés en 17 jours. En mai 1917, avec l’appui du 25ème RAC, le Chemin des Dames reste aux mains de l’armée française. Le 25eme RAC est cité à trois reprises à l’ordre des Armées pour sa bravoure et ses compétences.

Le 11 novembre 1918, l’Armistice est signée, la guerre est finie… Philoxime rentre chez lui définitivement en mars 1919.

La vie reprend son cours doucement. En décembre, Philoxime accueille son 4ème enfant, Charles à la fin du mois de décembre 1919.

Comme on dit chez nous, Philoxime et sa famille ont la « bougeotte ». De 1910 à 1931, 12 domiciles connus et chacun de ses 7 enfants (dont 5 survivants) sont nés dans des communes différentes :

  • 1910 : Cuirieux (02) / Acte de mariage
  • 1911 : Chivres-en-Laonnois (02) – naissance de Victor
  • 1911 : Résigny (02) / dossier carrière des chemins de fer du Nord – DESON Philoxime
  • 1912 : Chambry (02) – naissance de Berthe
  • 1915 : Goudelancourt-les-Pierreponts (02) – naissance d’Olivier (dit Jojo)
  • 1919 : La Férée (08) – naissance de Charles (dit Charlot)
  • 1921: Aubenton (02) – naissance de Raymond, mon grand-père
  • 1922 : Logny les Aubentons (02) – naissance d’un enfant sans vie
  • 1923 : Revin (08) – naissance d’un enfant sans vie
  • 1924 : Haybes (08) / dossier de carrière SNCF – HINCELLIN Berthe
  • 1927 : Mezière (08)  / fiche matricule – DESON Philoxime
  • 1931 : Pargny-Resson (08) / acte décès DESON Philoxime

 

D’un point de vue professionnelle, j’ai un peu de mal à le suivre également. En 1910, il est domestique de culture. En 1911, cantonnier à Chambry (02) puis il entre aux chemins de fer du Nord le 11 août 1911 et démissionne le 23 juin 1913. Sur son acte de décès en 1931, il est sémaphoriste. J’ai longtemps pensé qu’il devait être sémaphoriste pour le compte des chemins de fer mais la réception de son dossier de carrière m’a indiqué que c’était impossible. Peut-être travaillait-il dans les écluses ? C’est une piste à éclaircir.

Rien ne laisse présager d’un quelconque trouble psychologique.

En juillet 2017, je prends mon courage à deux mains et contacte l’Etablissement Public de Santé Mentale Départementale de l’Aisne (EPSMDA) de Prémontré. Après plusieurs échanges téléphoniques, par mails et courriers, la personne en charge des dossiers des patients (que je remercie vivement pour sa gentillesse et son dévouement) m’apprend que, vu l’ancienneté du dossier, il se peut que ce dernier ait été détruit. Le Médecin Chef donne alors l’accord sur la transmission des informations médicales mais malheureusement, le dossier n’existe plus… L’agent m’indique toutefois que mon arrière-grand-père est interné du 24 avril 1931 jusqu’à son décès le 18 mai 1931.

Quelle déception… Toutefois, je ne peux m’avouer vaincue. Je décide de contacter les Archives Départementales de l’Aisne dans l’espoir qu’ils aient quelque chose…

Bingo !! Le 17 novembre dernier, les AD me répondent positivement. Le dossier de Philoxime est bien chez eux ! Il ne contient qu’une seule feuille avec des informations qui pourraient heurter la sensibilité de certaines personnes…

Commence la longue et interminable attente… Le facteur est très, très attendu ! Bon d’accord, techniquement, 14 jours ce n’est pas très long, mais quand on attend impatiemment un courrier, on a l’impression que ça prend des lustres !

Son dossier bien en main, il n’y a malheureusement pas grand chose, pas de compte-rendu médical, pas de diagnostics, pas de cause de la mort…. Juste quelques annotations du médecin :

  • affaiblissement psychiatrique – inconscience de sa situation
  • euphorisme
  • tremblement de la langue
  • rigidité pupellaire
  • signes de P.G (peut-être paralysie générale)

Et sur une page complète, le probable déroulement d’une entretien entre Philoxime et le médecin.

philoxime

Archives Départementales de l’ Aisne – H dépot 12R2345

« J’ai voulu me faire du mal » , « Je ne peux pas manger parce que je n’ai plus rien du tout dans mon ventre, plus de cœur, plus d’estomac, plus d’intestins » , « Mes organes on me les a pris. Celui qu’il l’a fait, je ne le connais pas. Il doit être en haut »…

De quel mal souffre Philoxime ? Est-ce dû à ce qu’il a vécu pendant la Grande Guerre ?

De ce que j’ai pu lire sur Internet, les soldats qui devenaient fous étaient internés soit au moment du conflit, soit tout de suite après… Pourquoi 13 ans après ? Ceux qui souffrait de troubles psychiatriques avaient toutefois un terrain héréditaire propice.

L’immense stress provoqué par l’angoisse de la guerre, la peur de mourir, de voir ses camarades mourir, entendre les coups de canon et les tirs des fusils, l’inquiétude face au lendemain ont amplifié les cas de démence. Beaucoup de soldats ont pété les plombs.

Malheureusement, même avec les quelques informations dans le dossier de Philoxime, beaucoup de questions resteront sans réponse…

Plus personne n’est la pour témoigner de son existence. Le dernier, mon Grand-père Raymond est décédé le 7 janvier 2013.

La seule et unique photographie de Philoxime trône fièrement dans mon salon. En tenue militaire, je l’imagine avec de beaux yeux d’un bleu intense comme ceux de mon grand-père.

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La sépulture de Philoxime et sa femme Berthe dans le petit cimetière de Cuirieux.

 

 

#RDVAncestral

#RDVAncestral : 11 mai 1931

Chaque troisième samedi du mois, il est possible de partir à la rencontre de ces ancêtres. Le #RDVAncestral est un projet d’écriture, ouvert à tous, qui mêle littérature et généalogie. L’idée principal de ce rendez-vous est de partir à la rencontre de ces ancêtres, à l’époque choisi, et d’imaginer la suite. Vous pouvez retrouvez les rencontres de tous les participants sur le site http://www.rdvancestral.com.

« Bien, Messieurs nous voilà réunit ce jour, le lundi 11 mai 1931, à la demande du Conseil de Famille des enfants mineurs LEGER, pour procéder a l’inventaire après décès de Monsieur Marcel Jules LEGER. Mademoiselle vous notez ce que je viens de dire.  »

3 paires d’yeux me fixent intensément. Munie d’un encrier et d’un calepin, je tire une chaise et m’installe sur la petite table de la cuisine.

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 » Nous pouvons reprendre ? Me demande le même homme manifestement agacé par ma lenteur… Je voudrais bien le voir à ma place tiens donc ! Je tente de me débrouiller avec ce matériel d’écriture d’un autre temps. Je ne sais pas dans quel état sera ce brouillon à la fin de la séance. Il me regarde toujours d’un air extrêmement sérieux. C’est sur que les circonstances ne sont pas joyeuses mais enfin, un peu d’indulgence, si le lui prêtait mon iPhone, il serait bien embêter !

C’est pas trop tôt ! Je poursuis. Nous nous situons à Châlons-sur-Marne, rue de Jericho numéro 15, dans une maison où habitait Monsieur Marcel LEGER de son vivant garde du jard. Le dit LEGER est décédé le 31 mars dernier en cette ville à l’Hotel-Dieu. Il est veuf de Madame Andrée Louise RITZLER décédée le 28 juin 1926 à l’Hotel-Dieu également. Messieurs, êtes vous d’accord avec mes dires ?

Les 2 hommes présents dans la pièce acquiescent d’un signe de tête. Je reconnais l’un d’eux pour avoir vu quelques photos de lui. Il s’agit du père d’Andrée : Léger Alexandre RITZLER mon arrière-arrière-grand-père paternel. Une cigarette au bec, il semble rester de marbre. En même temps, il faut être fort pour surmonter la mort de sa fille aînée et assumer l’éducation de ces 2 petits-enfants devenus orphelins de leurs deux parents à 10 et 5 ans.

À la requête de Monsieur Léger Alexandre RITZLER, maçon demeurant à Saint Memmie, 25 rue des Vieilles Postes, agissant en nom et comme tuteur de ses petits-enfants mineurs ci après dénommés Mademoiselle Marguerite Marie LEGER née à Châlons-sur-Marne le 20 juillet 1921 et Monsieur Maurice Gaston LEGER né à Châlons-sur-Marne le 24 mai 1926. Et en présence de Monsieur René LEGER, rédacteur au service des soins gratuits à la Préfecture de la Marne, résidant à Châlons-sur-Marné route de Vitry numéro 25, agissant en qualité de subrogé tuteur des deux enfants mineurs précédemment dénommés, ses nièce et neveu. C’est toujours exacte ?

C’est bien cela, réponds René.

Bien. Je soussigné Maître Jean Popelin, notaire à Châlons-sur-Marne, va procéder à l’inventaire fidèle et descriptions exactes des meubles meublants, des objets mobiliers, titres, valeurs, papiers, deniers comptants et renseignements de toute nature pouvant dépendre activement et passivement à la succession de Monsieur Marcel Jules LEGER et Andrée Louise RITZLER, époux décédés. Vous suivez Mademoiselle ?

Tout est écrit Maître. Je n’ose imaginer la difficulté que les personnes auront à me relire… Promis, je pars avec un stylo à tous mes #RDVAncestral. Avez-vous déjà écrit à la plume ? C’est de la torture !

Et bien, tout arrive… Mademoiselle, Messieurs, suivez moi, nous allons donc débuter l’inventaire par la chambre à coucher.

Je me lève, prend la plume et le calepin puis emboîte le pas derrière les 3 hommes pour arriver dans la chambre à coucher juste à côté de la cuisine. Le notaire précise que l’estimation des biens sera faite par un commissaire priseur. Puis il commence l’énumération de tout ce qui se trouve dans la pièce :

Archives Départementales de la Marne – Inventaire après décès de LEGER Marcel Jules
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Je suis un peu chamboulée. Rentrer dans l’intimité de mon Arrière Grand-père que mon papy a à peine connu, est un peu compliqué. Je me rends compte, par l’absence de mobilier réservés aux enfants, que mon papy et sa sœur, après le décès de leur maman en 1926, n’ont jamais vécu avec leur père. C’est bien triste.

Le notaire brise le silence :

Messieurs, l’inventaire est à présent terminé. Je vous invite à me recontacter d’ici la fin du mois afin de fixer un rendez-vous pour clôturer la succession. D’ici là, continuez de lister les papiers que vous auriez pu recevoir pour le sieur LEGER, nous les annexerons à la clôture de la succession. Monsieur RITZLER, pourrez-vous me communiquer le détail des frais de l’hôpital afin que je le déduise de la succession ?

Bien entendu Maître. Au courrier cette semaine, il y avait une lettre pour sa pension d’invalidité…

Vous le rapportez lors de notre dernière entrevue, coupe Monsieur POPELIN. Messieurs, je suis désolé mais j’ai un autre rendez-vous et vu la lenteur de ma stagiaire, je suis déjà en retard. Je vous laisse donc vous diriger vers la sortie.

Sympathique ce notaire ! Les 2 hommes lui serrent la main, m’adressent un signe de tête et quittent la maison. Je range précipitamment l’encrier, ferme le calepin et me dirige vers Monsieur POPELIN.

Maître, voici les notes de cette séance. Je vous remets également le matériel d’écriture. J’ai moi aussi un rendez-vous alors je vous quitte. Bon courage pour la relecture.

Le notaire me regarde avec de grands yeux inquisiteurs. Sans qu’il ne puisse me dire quoi que ce soit, je tourne les talons et sort de la maison. Je cours jusqu’à la clôture de la propriété en espérant pouvoir adresser quelques mots à Léger et René. Je regarde de gauche à droite, sort de l’impasse qu’est cette rue de Jéricho. Mais rien. Ils sont déjà partis. Je les recroiserais peut-être lors d’un prochain #RDVAncestral.

Pépère et mémère RITZLER

Marie-Louise DURAND et Léger Alexandre RITZLER, mes arrières-arrières grands-parents. Ceux sont eux qui se sont occupés de mon papy et de sa soeur en plus de ces 12 autres enfants.
Archives personnelles

 

#RDVAncestral

4ème #RDVAncestral : 10 septembre 1948

Chaque troisième samedi du mois, il est possible de partir à la rencontre de ces ancêtres. Le #RDVAncestral est un projet d’écriture, ouvert à tous, qui mêle littérature et généalogie. L’idée principal de ce rendez-vous est de partir à la rencontre de ces ancêtres, à l’époque choisi, et d’imaginer la suite. Vous pouvez retrouvez les rencontres de tous les participants sur le site http://www.rdvancestral.com.

« PONCHEL, la porte est ouverte, vite, ouvre l’autre porte et on charge les paquets de sucre ».

J’entends un bruit métallique strident comme une porte qui coulisse.

J’enjambe plusieurs voies de chemin de fer en prenant garde de ne pas me faire repérer et cours me cacher derrière un premier train. D’où je suis, je peux mieux voir la scène. 3 hommes déchargent et chargent, ce que je suppose donc être des paquets de sucre. Je me retourne et derrière moi, au loin, j’aperçois une gare que je connais plutôt bien. J’ai eu la chance d’y être pour mon 2ème #RDVAncestral et m’y revoilà de nouveau. La verrière au dessus du quai de la gare de Châlons-sur-Marne a disparu. La Seconde Guerre Mondiale est alors terminée.

Les 3 hommes prennent des paquets d’un wagon pour les dissimuler dans un autre wagon accroché au train stationné en face. Mais que peuvent-ils bien trafiquer ?

Tout à coup, deux hommes, certainement du service de surveillance des voies, surgissent du bout du train et foncent en direction des 3 hommes. L’un des 3 trafiquants se faufile sous un wagon, passant en dessous du train. Il disparait au loin dans le jour qui commence à descendre.

« PONCHEL et DESON, ben voyons ! Que faites-vous ? Qui était avec vous ? demande le chef.

– Euh et bien nous…. , commence le premier un peu pris de court.

C’est simple, chef GOBERT, coupe le second homme, nos familles sont dans une situation difficile depuis quelques mois, nous n’avons plus les moyens de pouvoir nous nourrir correctement, nous prenions quelques paquets de sucre pour subvenir à nos besoins. »

Sa silhouette ne m’était déjà pas inconnue, mais en entendant sa voix, j’en suis certainement maintenant ! C’est mon pépère ! Raymond Jean DESON né le 14 février 1921 à Aubenton (Aisne), il s’agit de mon grand-père maternelle que j’ai bien connu.

« Nous avons des femmes et des enfants à nourrir… renchérit PONCHEL.

Balivernes ! conclu le Chef GOBERT. Vous espérez vraiment que je vais gober votre histoire ! Qui était avec vous dans cette combine ?

Nous n’étions que tous les 2, affirme Raymond.

Ne commencez pas à vous moquer de moi ! ordonne GOBERT.

En fait, c’est tout simple, nous allons vous expliquer. Nous avons dû retirer ces paquets du wagon pour que nous puissions réenrailler la porte latérale qui a déraillé d’un galet. Ils gênaient. Nous allions évidement les replacer dans le wagon une fois la porte remise dans son rail, dit PONCHEL.

Je regarde mon pépère, un peu amusée, en train de se décomposer. Lui qui était si malin et droit, il doit être bien énervé de s’être fait pincer ! A entendre cette deuxième version de l’histoire, il y a peu de chance que les deux acolytes s’en sortent sans rien.

De mieux en mieux ! Et vous DESON, vous confirmez ces dires bien sûr ? questionne GOBERT.

Oui oui, il fallait que nous remettions correctement la porte. Nous aurions rechargé les sacs dans le wagon après, même si nos familles auraient été heureuse d’avoir un peu de sucre. Mais notre volonté première n’était pas de les subtiliser… lui réponds Raymond.

Ben voyons ! S’exclame GOBERT. De toute façon, je n’ai pas le choix, je dois signaler vos agissements. Suivez-moi, je vous conduis au bureau du PCT pour qu’il décide de votre sort.

Avec tout le respect que je vous dois, il est hors de question que je vous suive, affirme catégoriquement Raymond.

Moi non plus, ajoute PONCHEL.

Le Chef GOBERT se retourne vers l’homme qui le secondait et lui demande de bien vouloir surveiller les 2 suspects et les paquets de sucre pendant qu’il file au bureau du Chef du PCT. Puis il part en vitesse en direction des bâtiments de la gare de triage, à l’opposé de la gare de voyageurs.

Les 2 acolytes se rapprochent l’un de l’autre, j’essaye de tendre un peu plus l’oreille pour ne pas en louper une miette.

Quelle idée PONCHEL de raconter que la porte avait déraillé ! C’était sur qu’il n’allait pas nous croire ! Dit Raymond.

Quoi qu’il arrive, il nous aurait enquiquiné, tu sais comment il est… accuse PONCHEL.

Nous voilà dans de beaux draps ! 

Les 2 hommes se taisent et semblent attendre patiemment le retour de GOBERT.

Quelques minutes se sont écoulées quand je distingue à nouveau le Chef GOBERT qui s’approche d’un pas rapide accompagné de 3 hommes. Arrivé devant nos 2 voleurs il leur dit :

Le Chef MARTIN vous ordonne de nous suivre jusqu’à son bureau. Vous vous doutez évidemment qu’il est dans une colère noire, je vous conseille de vous exécuter. GOBERT s’adresse ensuite à l’agent qui était chargé de les surveiller pendant son absence. BOULE, consigner les paquets et rejoint nez nous au bureau du PCT.

Bien Chef, repondit l’agent BOULE ».

DESON et PONCHEL se mettent en marche et tous se dirigent vers les bâtiments de la gare de triage.

Je regarde mon pépère s’éloigner. C’est dommage, je n’ai pas eu l’occasion de m’approcher un peu plus de lui. J’aurais bien aimé reste un peu avec, il me manque tellement.

Interrogés au Bureau du Chef MARTIN, les deux hommes sont ensuite conduit, dès le 10 septembre 1948 au soir, au commissariat de police de Châlons-sur-Marne. Selon le jugement du Tribunal de Grand Instance du 29 octobre 1948, mon grand-père et ces deux coéquipiers (bien évidemment ils ont dénoncé le 3ème homme !) écopent d’un mois de prison avec sursis et 500 francs d’amende.

DESON Raymond

Mon grand-père sera révoqué de la SNCF suite a cet incident. Il aurait pu faire une belle carrière mais l’erreur est humaine.

A cette époque, mon grand-père est marié à ma grand-mère Ginette Marie Germaine LEFEBVRE depuis le 26 décembre 1946. Ma tante Michelle arrive le 5 juillet 1947. En 1948, ils habitent tous les 3 à Châlons, Rue Emile Schmitt.

DESON Raymon, Michelle et LEFEBVRE GinetteLes voici tous les 3 fin 1947, début 1948.

J’ai pu découvrir cette page de la vie de mon grand-père grâce à  ses documents de carrière transmis par les archives de la SNCF à Béziers.

Non classé

#Généathème octobre 2017 : en dehors des sentiers battus (partie 1)

Ce mois-cî, mes envies collent parfaitement à l’un des #généathème du mois d’octobre. Pour les non-initiés, les généathème sont des rendez-vous mensuels, proposés par la généalogiste professionnelle Sophie Boudarel afin de nous donner des idées de sujet d’articles à écrire dans nos blogs ! Ça sera le premier généathème pour le blog Jules ans Co Généalogie !

A la fin du mois d’octobre, je compte me rendre aux archives départementales de la Marne pour poursuivre les investigations sur mon cher Jules. Encore lui me direz-vous ! Et oui….. bon pas seulement, mais en priorité sur Jules.

En effet, pour mes 30 ans, mes collègues m’ont offert une demie-journée de recherches avec une généalogiste professionnelle en Île de France, Murièle des Racines et des Actes. Quelle chance ! Je suis activement les aventures de Murièle sur Facebook et j’ai eu la chance de la rencontrer à Châlons lorsqu’elle était en mission sur les AD de la Marne ! C’était en janvier dernier et nous avions pu papoter autour d’un café ! Et bien Murièle, en sa qualité d’expert, va prendre le relais de mes recherches sur Jules aux AD de Paris. Cela me semble tellement insurmontable ces recherches parisiennes. Pour cela, je lui ai déjà transmis tout ce que j’avais sur Jules, les recherches que j’avais déjà realisé, l’es questionnement autour de lui… Mais je n’ai pas tout sur sa vie, bien au contraire. Le point étant fait, il est temps pour moi de continuer les recherches sur sa vié au moins au AD de la Marne qui se situe dans ma ville.

Comme j’ai pu l’évoquer lors du #RDVAncestral du mois de septembre 2017, Jules était buraliste à Avize et tenait 2 boutiques : un bureau de tabac et une épicerie juste en face. Sur les photos, on dirait que c’est sa femme, Blanche qui tient cette épicerie mais en réalité je ne sais pas ce qu’il en est. Tout devait être au nom de Jules. Cela m’étonnerait qu’à cet époque les femmes aient le droit d’avoir une boutique à leur nom. Je vais donc pouvoir découvrir les archives des tribunaux de commerce, une première pour moi ! Armée de mon guide Archives & Culture « explorer les archives du commerce » fraîchement reçu il y a à peine quelques jours, je potasse !

Jules par-ci, Jules par-là, mais pas seulement !

Il y a quelques jours, en explorant le Journal de la Marne mis en ligne sur le sites internet des bibliothèques de Châlons, je découvre ce petit article dans la rubrique des faits divers :

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Il s’agit du journal du 2 avril 1931. Marcel Jules LEGER, mon arrière-grand-père est décédé le 31 mars 1931, il allait avoir 35 ans. Mais de quoi est-il mort ? Brutalement ? D’une maladie ? Il est l’heure pour moi de chercher des les archives hospitalières puisqu’il est décédé à l’Hotel-Dieu. Il laisse derrière lui mon papy Maurice LEGER âgé de 5 ans et sa sœur Marguerite LEGER âgée de 9 ans. Sa femme est déjà décédé en 1926, un mois après la naissance de mon papy. Je vais aussi pouvoir consulter les archives de la Justice de Paix et des Conseils de Famille avant de savoir comment s’est passé la succession et l’organisation pour les enfants. Je sais déjà que mon papy et sa sœur ont été élevé par leurs grands-parents maternels et ce depuis le décès de leur maman. Je vais peut-être aussi savoir qu’elles étaient les relations avec leur grand-mère paternelle qui était encore en vie en 1931 (elle décède d’ailleurs à peine deux ans plus tard, le 30 juin 1933).

Rendez-vous donc fin octobre – début novembre pour les résultats de ces recherches !

En attendant je vous souhaite une belle semaine !

Merci à tous pour vos lectures !

#RDVAncestral

3ème #RDVAncestral : Avize, un jour de septembre 1909

Chaque troisième samedi du mois, il est possible de partir à la rencontre de ces ancêtres. Le #RDVAncestral est un projet d’écriture, ouvert à tous, qui mêle littérature et généalogie. L’idée principal de ce rendez-vous est de partir à la rencontre de ces ancêtres, à l’époque choisi, et d’imaginer la suite. Vous pouvez retrouvez les rencontres de tous les participants sur le site www.rdvancestral.com.

 

Je ne pouvais imaginer mieux pour ce 3ème rendez-vous ancestral ! Je me trouve à Avize, dans la Grande Rue qui accueille la plupart des commerces de ce petit bourg champenois. Je connais bien cette rue, je l’ai tellement observé sur les vieilles cartes postales.

La rue pavée remonte vers le haut du village. J’aperçois un peu plus loin la célèbre carotte rouge adossée au mur d’une maison. Cette carotte, mise en place en 1906, indique la présence d’un bureau de tabac. La rue est animée, les habitants ou visiteurs entrent et sortent des boutiques, s’arrêtent, discutent… Peut-être que les vendanges sont en préparation.

AVIZE - Grande Rue ed GASNAL - Copie

J’arpente la jolie rue en essayant de ne pas me perdre dans mes pensées. Mes ancêtres avizois ont du la parcourir en long, en large et en travers… Après une centaine de mètres, j’arrive devant deux belles boutiques (je vous prie de souligner mon objectivité). Celle de gauche est une épicerie. C’est la succursale n°86 des Docks Rémois. J’adore ce décor d’autrefois ! Dans la vitrine, on peut voir des bocaux bien remplis, des vêtements, des balais, des paniers et toutes sortes de denrées alimentaires.

Un client sort de la boutique. A travers l’entrebaillure de la porte, je remarque une femme derrière son comptoir en bois. Je suis certaine qu’elle est au petit soin avec sa clientèle. Bien évidemment, je la reconnais immédiatement. Il s’agit de mon arrière-arrière grand-mère, Blanche DERUME épouse GASNAL. C’est elle qui tient l’épicerie. Juste en face, dans l’autre boutique, c’est le bureau de tabac de Jules. J’avoue qu’au début, je n’imaginais pas la devanture du magasin comme ça. Mais après tout, nous sommes au début du 20ème siècle, tout est différent du monde dans lequel je vis. L’échoppe est au rez-de-chaussé d’une maison en brique rouge. A la fenêtre, des dizaines et des dizaines de pipes savamment disposer sur un présentoir. Je ne perds pas une seconde de plus, je rentre dans la boutique.

Une petite cloche installée juste au dessus de la porte signale ma présence. La pièce n’est pas très grande mais suffisamment pour accueillir 2 tables avec des chaises. Le comptoir est disposé dans le fond de la salle. Juste à côté, un joli présentoir est rempli de cartes postales. Derrière, une porte semble donner dans un seconde pièce à l’arrière de la bâtisse. J’entends des bruits de pas qui se rapprochent. C’est par cette porte que Jules GASNAL, mon arrière-arrière grand-père, entre dans son magasin.

« Bonjour Madame, que désirez-vous ? me demande-t-il aimablement.

Prise de court, je lui réponds, hésitante :

Bonjour Monsieur GASNAL. Je …. euh… souhaiterais vous acheter des cartes postales. C’est bien vous qui les faites éditer ?

Tout à fait Madame ! Je vous laisse les choisir, si vous avez besoin, je suis à votre entière disposition.

Je m’approche du présentoir et tente d’en sélectionner quelques unes. Je me sens trop bête ! Je rêve depuis des lustres de pouvoir le voir, lui parler et là, je ne sais même plus quoi lui dire ! Pfff ! Je l’observe du coin de l’œil. Il a l’air bien occupé. Son affaire doit marcher, mais pour en être sûre, j’irais vérifier aux Archives Départementales. Le bruit du carillon et de la porte me tire de ma rêverie. Un homme entre dans la boutique.

Bonjour Monsieur BONVILLE, dit Jules.

Bonjour Monsieur GASNAL, comment allez-vous ? demande-t-il. Les deux hommes se serrent la main.

Très bien, je vous remercie et vous ?

Bien, bien. Avez-vous reçu mon tabac d’Amérique du Sud ?

On me l’a livré ce matin même. J’étais justement en train de vous le préparer, répond Jules.

C’est parfait.

Tout en finissant d’emballer la marchandise, Jules demande :

Alors ces vendanges, vous êtes prêts à démarrer la semaine prochaine ?

M’en parlez pas ! Je ne sais pas si la récolte de cette année sera bonne… En plus de cela, il me manque encore des vendangeurs, lui répond-il. Si vous connaissez des personnes courageuses, je suis preneur !

Je pourrais mettre des affiches dans ma boutique si vous voulez, propose Jules. Il lui tend son paquet. Voilà Monsieur BONVILLE, cela vous fera 10 francs 75.

Tenez, voici l’appoint. Je vous remercie, vous êtes toujours efficace, complimente le client.

– C’est avec plaisir Monsieur BONVILLE.

– Bonne journée.

– Bonne journée et à bientôt.

L’homme quitte la boutique. Jules range la monnaie dans une petite boîte. Il fait de la place sur son comptoir et passe un coup de chiffon. Un fois son affaire terminée, il me regarde et dit :

Vous n’avez pas l’air de savoir laquelle choisir.

Euh… Non pas vraiment, elles sont si jolies. J’aimerais toutes les avoir ! lui dis-je.

Jules sourit et s’approche du présentoir. Je me tente :

Monsieur GASNAL, à vrai dire, je ne suis pas venue uniquement pour vos cartes postales. Vous auriez quelques minutes à m’accorder ?

Vous êtes journaliste ! s’exclame-t-il

Non, non, absolument pas. Disons que c’est assez long à expliquer. Je lui indique avec ma main la table la plus proche. Peut-on s’asseoir ?

– Vous m’avez l’air un peu étrange, mais disons que j’aime bien les personnes dans votre genre. Asseyez-vous, je vais nous chercher quelque chose à boire.

– Merci beaucoup !

Je m’asseois, tandis que Jules file dans son arrière boutique et reviens avec 2 verres et une bouteille. Pourvu que ce ne soit pas de l’alcool  ou même du Champagne, j’ai horreur de ça. Il s’assoit en face de moi.

– Merci, Monsieur GASNAL.

Pendant que Jules nous sert, je commence mes explications… Qui je suis, d’oû je viens et à quelle époque je vis. Je lui explique que depuis que j’ai découvert son existence, je suis fascinée par son personnage et que je suis admirative de tout ce qu’il a pu faire. Malgré son enfance triste, il a réussit sa vie de famille, professionnelle et privée. C’est un homme remarquable.

Bon sang, il me regarde avec des yeux ronds comme une queue de pelle ! Voilà, il doit me prendre pour une illuminée ! Je lui explique qu’avec la technologie du 21ème siècle, on peut rendre visite à ces ancêtres et que je suis déjà venue le voir, lorsque Madame ROUX l’a déposé au Commissariat de Police de Puteaux pour l’abandonner une seconde fois…

Jules réagit et me coupe la parole :

Madame ROUX ? Cela me dit quelque chose mais je n’arrive pas me souvenir.

Je pense que vous avez du occulter cette partie de votre vie car personne n’a jamais entendu parler d’elle avant que je tombe sur la transcription du Procès-Verbal d’abandon. 

Et bien, quelle visite ! Je suis à la fois très surpris et heureux de faire la connaissance de ma descendance. Jules me sourit.

J’avais peur que vous me preniez pour une aliénée… lui dis-je.

Ca aurait pu ! Mais je vois bien que tu es honnête, mon arrière-arrière petite fille ! C’est incroyable… 

Bien évidemment, je suis tellement heureuse de passer un petit moment avec lui… Je lui sourit.

– Je peux te poser un peu de questions? me demande-t-il.

Quelques unes, lui dis-je. Mais je ne pourrais pas répondre à tout, je ne veux pas que notre rencontre puisse jouer sur votre vie et votre future. 

Bien entendu. Je suis actuellement en train de travailler sur un engin volant que je vais appeler le monoplan ballon. Je compte dépose le brevet en avril prochain si tout est prêt. Est-ce que je vais obtenir ce brevet ?

Je lui sourit un fois de plus, il est si enthousiaste !

Oui ! Le brevet vous sera attribué en juin 1910.

Oh c’est formidable ! Je savais bien que je tenais quelque chose !

Nous continuons à bavarder et a siroter de la limonade toute l’après-midi en étant dérangé, de temps à autre, par quelques clients. Il prend plaisir à les servir, à leur parler de tout. Pas de doute, il est vraiment exceptionnel.

La journée s’assombrit, il est temps pour moi de lui dire aurevoir.

Merci Jules pour cet après-midi. Tu ne peux pas savoir comme elle me comble de joie. Je suis tellement heureuse de t’avoir rencontré. Mais il est l’heure que je m’éclipse. Pas un mot de tout ça à personne… lui dis-je

Bien évidemment ! Tu peux compter sur moi. Je suis également ravie de t’avoir rencontré. Nous nous reverrons ?

Peut-être lors d’un autre #RDVAncestral… Je l’espère. Aurevoir Jules.

Aurevoir Emeline.

Je tourne les talons, et passe la porte de la boutique. Comme j’aimerais rester ici, mais on n’attends chez moi… Quelques larmes roulent sur mes joues. Ce n’est qu’un aurevoir, je reviendrais le voir, c’est sure.

Famille GASNAL devant boutique modif couleur

Jules, à droite du chien, devant sa boutique de tabac. Juste à côté de lui avec le petit foulard, Jules, son fils, mon arrière grand-père. 

 

 

 

 

Histoires diverses

Il y a 100 ans, le 26 août 1917

Dans l’euphorie du centenaire de la Première Guerre Mondiale, période de l’histoire que j’apprécie beaucoup, j’ai voulu en savoir plus sur mes ancêtres qui ont participé à celle qui devait être la Der des Ders.

3 de mes 4 arrières-grands-pères ont participé à ce conflit, Ils y ont tous survécu, et sont revenus, certainement meurtris, changés, auprès des leurs. C’est plutôt une bonne nouvelle n’est-ce pas ?

Puis un jour, sur le Monument aux Morts de Châlons-en-Champagne, je vois inscrit : LEGER GASTON. Gaston ? Bizarre.

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Monument aux Morts de Châlons-en-Champagne – Collection personnelle

Une fois installée devant mon ordinateur, les investigations commencent sur Mémoire des Hommes.

BINGO ! LEGER Gaston Eugène né le 16 octobre 1890 à Châlons-sur-Marne est le frère ainé de mon arrière-grand-père Marcel Jules LEGER. Il est porté disparu depuis le 26 août 1917 à Beaumont-en-Verdunois (55) et déclaré Mort pour la France le 29 juillet 1921.

Gaston est le premier d’une fratrie d’au moins 13 enfants dont seulement 7 sont vivants en 1914. Ces parents, LEGER Marie Camille Adrien et SCHERER Eugénie Augustine se sont mariés à Châlons le 26 avril 1890. Lui est originaire de Mont-devant-Sassey dans la Meuse et elle de Châlons.

Gaston est recensé en 1910 au Bureau de recrutement de Châlons-sur-Marne sous le numéro de matricule 1313. A l’époque, il est ouvrier en chaussures. Il mesure 1m67, ces cheveux sont châtains foncés, ces yeux « jaunes foncé saillants » et son teint est coloré.

Une mention sur le registre de matricule indique qu’il était musicien.

Le 10 octobre 1911, il arrive au 106ème Régiment d’Infanterie basé à Châlons. Après 2 ans d’instruction militaire, il retourne dans sa famille, au 5 rue des Rivaux, le 8 novembre 1913.

Bien évidemment, Gaston est rappelé sous les drapeaux à la mobilisation générale. Il arrive au 106ème RI le 2 août 1914.

En 1915, il est blessé à deux reprises :

– le 30 mars 1915 aux Eparges (55) : il reçoit un éclat d’obus qui le blesse sur la partie médiane du front.

– le 3 juillet 1915 au fort de Thiaumont à côté de Verdun (55) : une nouvelle fois, un éclat d’obus le touche en lui fracturant le radius et en lui faisant plusieurs plaies au front.

Le 28 septembre 1915, il passe au 47ème Régiment d’Infanterie. Puis le 5 octobre 1915, il est transféré au 248ème Régiment d’Infanterie avec l’indication « aux armées ». Gaston est nommé Caporal le 1er novembre 1915. J’apprendrais, d’après sa citation, qu’il était brancardier (au mois jusqu’au 5 octobre 1915).

Le 3 janvier 1917, il est une dernière fois transféré au 155ème Régiment d’Infanterie.

Depuis juillet 1917, le 155ème RI est près de Verdun. Les journées du 26 et 27 août 1917 sont tragiques. Le 155ème RI est en première ligne. L’attaque de Beaumont est prévue le 26 août au matin avec le soutien du 154ème RI à droite et le 287ème RI à gauche. A 4 h 30, les allemands débarquent sur les barrages français. A 4h45, nos lignes s’élancent et s’enfoncent dans les lignes ennemies.

Après 2 jours de combats acharnés, notre armée n’a pas réussi à reprendre le petit village meusien, qui sera rayé de la carte.

Bilan de ces 2 journées :

  • 46 tués
  • 146 blessés
  • 237 disparus

Depuis le 26 août 1917, Gaston est porté disparu… Peut-être est-il parmi les 130 000 soldats inconnus de l’Ossuaire de Douaumont ? Ou peut-être est-il encore enseveli sous la terre retournée par les obus… Pauvre Gaston.

Voici un extrait de la transcription de l’acte de décès de Gaston, acte n°599 du registre des décès de l’année 1921 du Châlons-sur-Marne :

« … nous transcrivons ici le jugement déclaratif de décès rendu par le Tribunal civil de Châlons-sur-Marne à la date du 29 juillet 1921. Par ces motifs : déclare constant le décès de Léger Gaston Eugène du 155ème Régiment d’infanterie, né à Châlons-sur-Marne le 16 octobre 1890, fils de Marie Camille Adrien et de Eugénie Augustine SCHERER, célibataire, classe 1910, numéro de matricule 1513 du recrutement de Châlons-sur-Marne, domicilié en dernier lieu à Châlons-sur-Marne, arrondissement de Châlons-sur-Marne, est décédé le 26 août 1917 à Beaumont (Meuse) « MORT POUR LA FRANCE »… »

Que reste-il de Gaston dans les Mémoires ?

Mon papy, le neveu de Gaston, s’appelle Maurice Gaston.

Chose un peu plus étrange, la famille de la mère de mon papy : les RITZLER, ont toujours pensé que Marcel Jules LEGER (mon AGP, le frère de Gaston) s’appelait Gaston.

L’attachement à ce frère disparu a permis de conserver sa Croix de Guerre avec étoile de bronze, transmis à mon papy.

Gaston a été cité (ordre du régiment n°39) :

« Depuis le début de la campagne, s’est montré brancardier dévoué et courageux. A été blessé le 20/03/1915 pendant qu’il transportait au poste de secours des blessés tombés en première ligne ».

 

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Photographie personnelle – Tout droit réservé

A mon cher Gaston. Tu vois, 100 ans plus tard, on pense encore à toi.

J’espère qu’un jour, des personnes passionnées comme il y en a à Massiges (51) retrouveront tes ossements et que nous pourrons faire une belle cérémonie pour toi et tes camarades.

 

Il est important de ne pas oublier les sacrifices de ces millions d’hommes, tombés au champ de bataille, mutilés, blessés, gazés, meurtris par les horreurs qu’ils ont vu, subis, acceptés… 

 

 

 

#RDVAncestral

Deuxième #RDVAncestral : juin 1940

Chaque troisième samedi du mois, il est possible de partir à la rencontre de ces ancêtres. Le #RDVAncestral est un projet d’écriture, ouvert à tous, qui mêle littérature et généalogie. L’idée principal de ce rendez-vous est de partir à la rencontre de ces ancêtres, à l’époque choisi, et d’imaginer la suite. Vous pouvez retrouvez les rencontres de tous les participants sur le site www.rdvancestral.com.

Cette fois, je sais où nous sommes ! Même si le lieu n’est pas exactement comme il est aujourd’hui, je reconnais parfaitement l’endroit. Je me trouve sur le quai de la gare de Châlons-en-Champagne. Enfin non, ma ville ne devait pas encore avoir changé de nom, nous sommes donc à Châlons-sur-Marne, chef-lieu du département de la Marne. Je prends quelques secondes pour l’admirer. La verrière au dessus du quai est magnifique et majestueuse, comme j’aurais aimé la connaitre ainsi ! Je ne peux m’attarder plus longtemps, il règne une ambiance assez pesante. De plus en plus de personnes s’amassent sur le quai. Je me rends compte qu’il n’y a pas que des voyageurs lambda. Je reconnais, par leur tenue, des infirmières et du personnel hospitalier. Une voix se fait entendre de l’intérieur du bâtiment :

« Faites place s’il vous plait ! »

La foule s’écarte pour laisser passer plusieurs dizaines de brancards occupés. Le personnel accompagne également des vieillards. Pas de doute, nous sommes le 12 juin 1940. Cela fait un bon mois que la ville et sa population sont mises à rudes épreuve. L’armée nazis bombardent inlassablement la cité provoquant destructions et incendies. Depuis quelques jours, c’est un peu plus calme mais les citoyens châlonnais ont les nerfs à vifs. D’ici quelques heures, la 2ème division de panzer du 39ème corps d’armée motorisée attaquera Châlons, ma ville… Ma gorge se serre, j’ai une boule au ventre. Châlons est officiellement évacuée. Les patients des hôpitaux, des maisons de retraite, de l’hôpital psychiatrique doivent quitter la ville. Les autorités ont donné ordre aux derniers Châlonnais de quitter la cité, de fuir vers d’autres villes plus sûres.

Je suis attentive aux personnes présentent sur le quai et celles qui arrivent. Je cherche des visages familiers que j’au vu de nombreuses fois en photos et dont je ne cesse de contempler. Je me fraye un chemin près de l’entrée du quai pour être sûre de ne pas les rater ! Tout à coup j’entends :

 » Huguette, Simone, restez bien derrière moi. Rose tu suis aussi ?

– Oui ne t’en fais pas. Nous sommes toutes les 3 derrière toi, répond Rose.  »

Je m’approche doucement d’eux. Jules, mon arrière grand-père avec sa casquette visée sur la tête, est fidèle à ce que l’on m’a toujours raconté : grand avec une belle carrure. La famille s’arrête sur le quai. Ils sont chargés comme des mulets avec plusieurs couches de vêtement les uns par dessus les autres et des bagages à main. Jules a une couverture roulée en bandoulière dans le dos. Je suis heureuse d’apercevoir Huguette, ma Mamie, qui n’a que 12 ans à cette époque. Elle se tient devant son père. Simone, 12 ans aussi, la fille de Rose, se tient près d’elle.

Jules et Rose se sont rencontrés à Châlons. Tous les 2 veufs et parents, ils se sont mariés 2 ans auparavant, le 1er août 1938. Huguette et Simone se considèrent comme des soeurs.

Je regarde ma Mamie. Elle a l’air inquiète, mais quel enfant ne le serait pas dans une telle situation. Je regarde Jules aussi. Revenir de la Grande Guerre et recommencer 25 ans après, quel horreur !  Dans quel état d’esprit peut-il bien être ?

Soudain le klaxonne d’un train se fait entendre. Quelques secondes après, il entre en gare. Le crissement strident des freins signale son arrêt imminent. Mais ce n’est pas un train de voyageurs ordinaires qui s’arrête. Ce sont des wagons à bestiaux tractés par une vieille locomotive !

Le chef de gare organise l’installation de la population :

« Dans les wagons 1 à 7 : les malades et le personnel hospitalier. Dirigez-vous vers l’avant du quai. Merci. Pour les civils : wagons 8 à 12. Montez tant que vous pouvez. S’il n’y a plus de place, le prochain train sera là dans 4 heures. »

Jules et Rose se regardent. Puis Jules s’adresse aux fillettes:

« Allez les filles, venez, dépêchez-vous, nous allons monter dans ce train. »

Toujours aussi inquiète, Huguette attrape la main de son papa et ils se dirigent tous les 4 vers l’arrière du train. Je les suis aussi afin de pouvoir monter dans le même wagon qu’eux. Je ne sais pas combien il peut y avoir de personne dans cette gare mais nous sommes nombreux. Je ne suis pas certaine que tout le monde tiendra…

Jules grimpe dans l’un des premiers wagons réservés aux civils et aide Huguette, Simone et Rose à monter à bord. La marche est assez haute. Jules aide également d’autres personnes. Cela ne m’étonne absolument pas de lui. J’en profite et je me dirige de son côté. Jules me tends la main, je la saisis et grimpe à mon tour dans ce wagon de fortune.

« Merci » lui dis-je.

Il me sourit brièvement puis continue son action. Je me faufile parmi les voyageurs et me place tout près de ma Mamie en veillant à laisser de la place pour son papa. C’est tellement bizarre cette situation. J’ai envie d’aller l’embrasser, la réconforter en attendant que Jules arrive mais je ne peux pas ! Elle me prendrait pour une illuminée surtout si je lui lance un « Salut Mamie » !

Après quelques minutes, Jules revient auprès de sa famille. Les portes du wagon se ferment. Le train ne devrait pas tarder à s’élancer en direction du Sud, en passant par Nevers. Ils descendront pour y être hébergée par Odette, la sœur de Jules qui vit dans cette commune avec son mari, son fils ainsi que Blanche leur mère.

Le chef de gare siffle et le train se mets doucement en marche. Nous sommes serrés, le voyage sera difficile. Peu à peu, malgré l’inquiétude qui règne, les voyageurs semblent se détendre.

Nous roulons depuis une bonne demi-heure quand tout à coup, dans un vacarme assourdissant, des avions semblent mitrailler dans une zone proche de notre train. Le train se mets à bouger et à trembler de façon inhabituel ! Des explosions retentissent, des voyageurs hurlent. Jules réagit tout de suite, il attrape Rose et se couche sur les 3 filles pour les protéger. Il n’y a pas de doute, c’est bien notre train qui est visé ! Je m’accroupie et me protège la tête. La ferraille crisse, pitié, il faut que ça s’arrête ! Le train est chahuté dans tous les sens puis il se stoppe net. Pendant quelques secondes, plus un bruit. Un silence apocalyptique. Puis, j’ouvre les yeux et relève la tête. Je vois Jules dans la même position que je l’ai laissé. Il y a de la fumée partout. On peut entendre quelques gémissements. Jules se redresse à son tour :

« Les filles vous n’avez rien ?

Toutes les 3 le réconfortent d’un signe de tête. Puis il se tourne vers moi.

– Mademoiselle, tout va bien ? me demande-t-il.

– Oui, ça va. Merci beaucoup, lui dis-je.

il me sourit puis se tourne vers Rose.

– Je vais voir si l’on a besoin de moi. Je reviens.

Jules se lève et retire la couverture de son dos. Là, logé dans cet écrin, un éclat de fer !

– Bon sang Rose ! Regarde ! Je l’ai échappé belle ! s’exclame-t-il.

– Oui !  » répond Rose.

Jules lui donne la couverture et sors du wagon. Rose retire le projectile encore chaud et couvre les filles.

La tombée de la nuit se fait sentir. Dans le wagon, tout le monde est bien éprouvé. Chacun s’occupe de ces proches, rassure leur compagnons de voyage.

Après plusieurs dizaines de minutes, Jules revient.

« Nous allons dormir ici cette nuit. La voie ferré a été bombardée et coupée. Les agents des chemins de fer de l’est viennent d’être prévus, ils devraient arriver dans la soirée pour réparer ce qui a été endommagé. Ils en ont probablement pour toute la nuit. Le train repartira demain matin.

– Il y a des blessés ? Demande un homme à droite de Jules.

– Quelques dizaines, répond Jules. Le wagon le plus touché est celui juste devant le notre. Le personnel hospitalier les a pris en charge. Puis, d’une voix plus forte il ajoute, S’il y a des blessés dans ce wagon, même une simple égratignure, on m’a chargé de vous dire que vous pouvez trouver une infirmière vers l’avant du train.

– Savez-vous où nous sommes ? demande une femme dans le fond du wagon

– Nous sommes près de Vatry.  »

Une femme se lève, la main ensanglantée et descend du wagon suivie de 2-3 personnes.

Au fil des heures, le calme revient peu à peu. Certains voyageurs discutent, d’autres, notamment les plus jeunes se sont endormis. Huguette, Simone et Rose semblent dormir également. Jules veille encore. A quoi peut-il bien songer ? J’aimerais lui poser des tonnes de questions. Mais je ne vais pas rendre la journée plus pénible qu’elle ne l’est déjà. Je vais tranquillement le laisser se reposer et s’endormir, puis je m’en irais discrètement. Je ne me fais pas de soucis pour lui et ma Mamie. Je sais que demain, ils seront à Nevers chez Odette. Malheureusement, les allemands arriveront eux aussi quelques jours après. La famille restera dans la Nièvre jusqu’en septembre 1940, puis, il retourneront à Châlons occupée par le IIIe Reich pendant 4 longues années.

Jules s’endort à son tour. Je me lève, enjambe quelques voyageurs et descend du wagon. Quelle journée ! Je me retourne, leur envoi des baisers et m’engouffre dans les bois. Peut-être aurais-je l’occasion d’interroger Jules lors d’un autre #RDVAncestral.

 

A ma Mamie, une personne formidable ! Merci de répondre à mes milliards de questions !

gare chalons 2

 

#RDVAncestral

# RDV Ancestral

Chaque troisième samedi du mois, il est possible de partir à la rencontre de ces ancêtres. Le #RDVAncestral est un projet d’écriture, ouvert à tous, qui mêle littérature et généalogie. L’idée principal de ce rendez-vous est de partir à la rencontre de ces ancêtres, à l’époque choisi, et d’imaginer la suite. Vous pouvez retrouvez les rencontres de tous les participants sur le site www.rdvancestral.com.

Bon sang, qu’il fait froid ! Je ne sais dans quelle ville je me trouve ni l’époque dans laquelle je suis mais, une chose est sûre, nous sommes en hiver. Les quelques personnes qui s’aventurent dehors sont emmitouflés dans leur manteau bien chaud. Si seulement je pouvais savoir où je suis….

Je regarde autour de moi. Au loin, j’aperçois un vendeur de journaux, je me précipite vers lui :

« Bonjour Monsieur, dis-je.

Bonjour Madame, me répond-t-il aimablement.

Excusez-moi de vous déranger en plein travail mais pouvez-vous me donner la date d’aujourd’hui et dans quelle ville sommes-nous ?

Interloqué, le vendeur me répond tout de même :

Euh, nous sommes le jeudi 10 mars 1864 et vous êtes dans la ville de Puteaux. Mais vous semblez perdue, je peux certainement vous aider ?

Le 10 mars 1864, mon Dieu, quelle chance ! Il faut que je me dépêche si je veux au moins l’apercevoir ! Je ne sais pour combien de temps je vais rester à cette époque…

Merci Monsieur, c’est gentil à vous. Pouvez-vous m’indiquer comment me rendre au Commissariat de Police ?  »

Toujours aussi inquiet, le vendeur me donne le chemin à suivre pour aller au plus vite. J’en ai pour 5 bonnes minutes à pied mais je suis bien trop impatiente, j’accélère le pas.

Arrivée devant le Commissariat, je reprend mon souffle. Il faut que j’ai l’air « normal » et que je me fasse la plus discrète possible. Une voiture tirée par deux chevaux s’arrête devant la bâtisse. Une femme puis un garçonnet descendent. Je pense le reconnaître. Dans quelques minutes, si j’arrive à les suivre, je serais fixée. Ils entrent dans le Commissariat. J’emboîte le pas derrière eux.

La Dame s’adresse à un policier dans le hall. Malgré le brouhaha, j’arrive à entendre, très faiblement, ce qu’elle lui demande. Le petit garçon se tient sagement près d’elle.

« Bonjour Monsieur l’Agent. J’ai rendez-vous avec le Commissaire ROUBEL, est-il disponible pour me recevoir ?

Bonjour Madame, répond-t-il, Monsieur ROUBEL vous attendait, je vous invite à me suivre. »

L’Agent se dirige vers l’arrière du bâtiment. La Dame et le petit garçon le suivent. Je marche discrètement derrière eux. Il y a du monde dans ce Commissariat, ils ne devraient pas s’apercevoir de ma présence…

Nous entrons dans une vaste pièce composée d’un bureau central et de plusieurs offices. De part et d’autre de l’entrée, deux grands bancs avec déjà des personnes assises. La Dame se tourne et s’adresse au petit garçon :

« Jules, assieds-toi sur le banc, si l’on a besoin de toi, je t’appellerais. »

Jules s’exécute sans un mot. Il s’assied sur le banc à gauche. La Dame s’avance vers le bureau central. A mon tour, je m’assoies mais sur le banc de droite.

« Bonjour Monsieur ROUBEL, je suis Madame ROUX.

Bonjour Madame ROUX, je vous attendais, lui répond-t-il d’une voix grave. Je vous en prie, asseyez-vous. Le Commissaire se tourne vers un agent de police. Auguste, pouvez-vous m’assister et rédiger le procès-verbal ?

L’homme lui fait un signe de la tête et s’assied  à la table la plus proche. Le Commissaire l’imite, mets de l’ordre sur son bureau et commence son interrogatoire :

Madame ROUX, pouvez-vous décliner votre identité : nom, prénoms, domicile, profession.

Je me nomme Gabrielle ROUX née MOISSON, j’ai 42 ans, je suis ménagère et je réside avec mon époux, ouvrier boulanger, au 2 rue du Puits d’Amour à Suresnes…

Bien, c’est suffisant, coupe le Commissaire. Pourquoi venez-vous ? demande-t-il sèchement.

Madame ROUX, tout en tripotant son mouchoir en tissu, commence son récit :

Cher Commissaire, le 10 août 1862, deux dames : l’une paraissant âgée de 25 à 30 ans, se nommant Henriette GASNAL, se disant la mère et l’autre d’une soixantaine d’années, répondant au nom de Madame Veuve GASNAL, demeurant toutes les deux à la Maison Crépin, Place d’Armes à Suresnes, sont venues placer en pension chez moi un petit garçon âgé de 5-6 ans et qu’elles nommaient Jules GASNAL. Apparemment, ces deux dames venaient de Paris mais demeuraient à Suresnes depuis 5-6 semaines. Elles paraissaient être dans une situation modeste. Elles m’avaient promis de me donner 25 francs par mois pour la pension du petit. Le lendemain, elles quittèrent la ville sans laisser d’adresse, sans me prévenir ni même me laisser quelconques pièces pouvant justifier l’état-civil du petit garçon. Depuis cette date, je ne les ai revues, ni pour me payer la pension, ni pour le réclamer. J’ai entamé des recherches pour les retrouver mais elles sont restées vaines. J’ai questionné Jules à plusieurs reprises, il se rappelle seulement avoir habité à Batignolles et avoir peut-être été baptisé à l’Eglise Saint Roch. J’ai cherché son acte de baptême néanmoins cela n’a pas porté ses fruits. N’ayant pas d’autres ressources que le travail de mon mari, je ne peux le garder plus longtemps sous mon toit et à ma charge. Madame ROUX, tête baissée, tripote toujours son mouchoir.

Bien Madame. Le Commissaire semble bien trop habitué à ce genre de situation et abrège l’entrevue. Vous n’avez-rien à ajouter ? lui demande-t-il.

Non Monsieur le Commissaire, répond-elle d’une faible voix.

Bien. Les faits sont donc exposés. Auguste avez-vous pris note de la déposition de Madame ?

Parfaitement Monsieur le Commissaire, répond l’Agent.

Bien. Madame ROUX, par conséquent, je propose donc le placement de l’enfant Jules GASNAL au service des Enfants Assistés de l’Assistance Publique de la Seine.

Madame ROUX acquiesce d’un signe de tête. Je regarde Jules assit sur l’autre banc. Le regard dans le vide, il a l’air si triste. Quelques minutes s’écoulent.

Madame ROUX, dit le Commissaire, le procès-verbal est rédigé, vous allez pouvoir le signer.

Merci Monsieur le Commissaire, toutefois, je ne vais point pouvoir le signer, je ne sais pas écrire, avoue-t-elle.

Bien Madame, nous allons le consigner dans le procès-verbal. Avez-vous des questions ? demande toujours aussi sèchement le Commissaire.

Que va-t-il se passer pour Jules ?

Un agent va le conduire au dépôt de la Préfecture de Police afin qu’il soit statué à son égard comme il appartiendra. De notre côté, nous allons lancer des recherches afin d’obtenir des indices sur ses parents. Madame ROUX, attentive à la réponse du Commissaire, baisse à nouveau la tête. Si vous n’avez plus de question, je vous raccompagne. »

Expéditive cette entrevue… Forcément, pour un enfant abandonné, on ne va pas perdre son temps… Le Commissaire se lève, Madame ROUX fait de même. Elle range son mouchoir dans sa poche et le suit. Le Commissaire s’arrête devant le petit garçon et lui dit :

« Mon garçon, attends ici, un agent va venir te chercher. 

Jules relève la tête, le regarde et esquisse un petit sourire de politesse.

Au revoir Jules, lance Madame ROUX ». Puis sans un regard, elle passe la porte et s’en va accompagnée du Commissaire.

Jules ne la regarde pas non plus, il baisse la tête. Une larme se met à couler sur sa joue.

J’ai envie de hurler ! J’ai envie de rattraper Madame ROUX et de lui demander comment elle arrive à l’abandonner une seconde fois ! Il a 7 ans, il n’a rien demandé à personne ! Comment arrive-t-elle à se regarder dans le miroir ? N’a-t-elle pas de cœur ?

Je m’approche de Jules et m’accroupie près de lui. Le petit garçon ne me regarde pas. Il a l’air perdu.

« Bonjour Jules. Je lui essuie sa petite larme délicatement. J’ai tellement envie de le prendre dans mes bras et de l’emmener avec moi.

Bonjour Madame, me répond-t-il timidement.

Ça va aller ?

Je pense que oui…

Tu sais Jules, tu auras une belle vie quand tu seras grand. Ne laisse personne dire que tu n’es pas à la hauteur. Tu es intelligent, créatif et plein d’esprit. Tu verras, tout s’arrangera.

Un peu surpris par mes propos, il me regarde et me dit :

Merci Madame pour vos gentils mots.

Un agent entre dans la pièce et appelle d’une forte voix :

Jules GASNAL ?

Jules se lève et répond :

Oui Monsieur.

Suivez-moi, je dois vous déposer à la Préfecture de Police, dit sèchement l’agent.

Jules a de nouveau ce regard triste. Il se tourne vers moi et murmure :

Je vous reverrai ?

Mes yeux se remplissent de larmes. J’aimerais tellement pouvoir rester à ses côtés, le voir grandir, tout savoir de lui. A voix basse, je lui dis :

Je suis désolée mais c’est impossible. Je suis ton futur. Mais sois sûr que je ne te quitterai pas. Je ne t’abandonnerai pas, je t’en fais la promesse. Je te suivrai toujours. De bonnes choses t’attendent dans le futur. Saches que je suis très fière de toi.

Madame, vous connaissez ce garçon ? m’interroge l’agent.

Je me lève,

Non, non. Il était seul assit sur le banc, je suis simplement venue lui parler.

D’accord. Jules GASNAL, allons-y.

Au revoir Madame, me dit Jules.

Au revoir mon cher Jules... »

Je le regarde s’éloigner… C’était tellement court. Je suis si triste de le voir partir, j’aurais tant souhaiter que cet instant dur plus longtemps. Mais qu’aurais-je pu dire de plus à ce petit garçon ?

A mon tour, je quitte le Commissariat. Dehors, il fait toujours aussi froid. Je ne peux m’empêcher de penser à Jules. Que va-t-il se passer jusqu’au 14 décembre 1864, jour où il sera définitivement admis au service des Enfants Assistés du département de la Seine sous le matricule 10730. Je ne peux m’empêcher de l’imaginer seul, dans un dortoir. Mon pauvre Jules. Dans les documents que j’ai sur lui et dans les recherches qu’il a effectué adultes, il n’a jamais été fait mention de cette Madame ROUX. Se souvient-il avoir passé 2 ans chez elle ? Après ces 2 traumatismes, il a bien le droit d’avoir occulté une partie de son enfance. Une chose est sûre, il n’a donc jamais été trouvé sur une charrette à la frontière espagnole comme cela a été dit dans la famille.

Je décide de marcher un peu, cela va peut-être me remettre de mes émotions…

 

 

Sur la transcription du PV dans le registre des naissances de l’année 1864 de la commune de Suresnes (page 34), il est indiqué que la Police a procédé à des recherches afin d’obtenir des indices sur les parents de Jules, sans résultats, et qu’en conséquence, il a été déposé au dépôt des Hospices de l’AP-HP. Malheureusement, pas de Jules dans les registres des enfants en dépôt de l’année 1864. Où l’ont-ils emmené ?

Je n’ai découvert cette transcription qu’en avril 2017. Une pièce du puzzle tellement importante. 10 ans à chercher, à ne trouver que des bribes mais je t’ai fait une promesse Jules, je ne t’abandonnerai pas. Peut-être qu’un jour je réaliserai l’un de tes plus beaux projets, je l’espère tant…

certif origine

illustration : archive personnelle