Challenge AZ 2018

ChallengeAZ – N comme Nourriture

A Giessen, le 30 octobre 1918.

Lettre de Jules GASNAL, prisonnier en Allemagne, à ses parents.

giessen-05

Carte Postale du Camp de Giessen – Site Histoire de Poilus

Mes chers parents,

Je viens aux nouvelles du côté français. Ici, les camarades disent que les Alliées ont remporté plusieurs batailles, que nous avons repris des villes conquises en 1914 par les allemands. Qu’en est-il ?

Il fait de plus en plus froid à Giessen. L’automne s’est bien installé. En temps normal la bonne soupe du soir devrait nous réchauffer et nous faire passer une bonne nuit. Il n’en est rien ! Le bouillon du soir est infâme, comme toute la nourriture. C’est pourtant simple de faire une bonne soupe ! Ils doivent mettre un certain engouement à faire une telle tambouille ! Et le pain ? Sec, sans goût particulier. La mie n’est pas légère, alvéolée et douce, elle est compacte, lourde et pâteuse. Je rêve d’une bonne miche de pain de chez nous ! Les boulangers d’Avize devraient recevoir des mentions spéciales pour leurs pains fabuleux !

J’ai bu mon eau noire du matin. Je pars pour la ferme des Liebold. Eux savent qu’un bon repas, même en temps de guerre et de restrictions, nous donne des forces pour un travail correct.

Je pense à vous,

Je vous embrasse.

Jules

Publicités
Challenge AZ 2018

#ChallengeAZ – M comme Mutilé de Guerre

Paris, le 20 juillet 1918.

Lettre de Marcel LEGER à son frère René.

gueules cassées

« Gueules Cassées » – Gallica – BnF

Mon Cher Frère,

Cela fait déjà plus de 6 mois que je suis au dépôt du régiment. Je suis bien occupé mais je ne peux m’empêcher de penser à nos camarades au front. Il parait que la bataille est rude dans notre beau département. Les cultures doivent être ravagées par les lignes de front. Comment se passe la vie à Châlons ? Les allemands ne sont pas loin de vous.

La nuit, j’ai du mal à dormir. Je pense à nos camarades blessés, mutilés comme nous. Je les revois arrivés sur les brancards dans l’hôpital, hurlant de douleur… Il manque un bras à certains, à d’autres une jambe, et au plus malchanceux, une partie du visage… Comment vont-ils trouvé une épouse si la guerre se termine ? Comment leur femme et enfants vont-ils les reconnaitre ? Ils sont souvent méconnaissables. On les croirait tout droit sortis de l’enfer, mais en y réfléchissant c’est la réalité des tranchées…

Si je reviens, j’aimerais donner du temps pour les mutilés de guerre, pourquoi pas dans une association. Heureusement pour moi, il ne me manque qu’une partie à l’arrière du crâne.

Je t’embrasse.

Marcel.

Challenge AZ 2018

#ChallengeAZ – L comme Libération

Audenarde (Belgique), rive droite de l’Escaut, le 11 novembre 1918.

Lettre de Philoxime DESON à Berthe, son épouse.

Journal de la Marne

La Une du Journal de la Marne du 12 novembre 1918 – Bibliothèque Municipale de Châlons-en-Champagne

Ma belle épouse,

Tu ne devineras jamais, aujourd’hui à 11 heures, le Général nous a donné l’ordre d’arrêté les hostilités. On ne canarde plus les boches ! L’Armistice aurait été signé ce matin à l’aube dans la forêt de Compiègne. Ma Berthe, la guerre est finie ! Je vais rentrer, je vais te retrouver, retrouver mon foyer et je suis en vie ! Je te l’avais promis.

Les camarades et moi essayons d’avoir des indications sur la date de notre retour. Pour l’instant, le Commandant nous a demandé de garder nos positions. Nous devrions suivre l’armée allemande se repliant sur le Rhin ! Dehors les boches ! Vous nous avez pris tant d’espoir, d’humanité, de chair, de sang et de vie… Je me sens vide de l’intérieur, comme si on m’avait pris mes entrailles. Les canons raisonnent toujours à mes oreilles.

Je pense à toi ma Berthe, à mes petits, je vais revenir…

Philoxime

Challenge AZ 2018

#ChallengeAZ – K comme Kriegsgefangenen

A Giessen, 2 avril 1918.

Lettre de Jules GASNAL, prisonnier en Allemagne, à ses parents.

GASNAL Jules camp de Giessens

Jules GASNAL debout à côté d’un camarade à Giessen – Collection personnelle

Mes chers parents,

Je vous envoie une carte postale de mon fidèle camarade et moi-même. Soyez rassurés, la famille Liebold, pour laquelle je travaille, sont de biens aimables personnes et profondément gentilles. Je sais que j’ai de la chance, mes camarades ne sont pas tous dans des familles respectueuses. Mais les Liebold se sont retrouvés impliquer dans cette guerre par obligation, comme nous autres français. Je les aide et ils me le rendent bien. Heureusement que je passe mes journées avec eux.

Le plus dur, c’est le retour au camp le soir et les repas… Papa, tu sais que j’aime les bons repas que nous prépare maman avec ses délicieux desserts… La tambouille ici est infecte ! Vous savez, la vie n’est pas glorieuse en Allemagne, comme en France je suppose. Ce qui vaut peut-être la mauvaise humeur du Capitaine du camp… Si seulement cette guerre pouvait finir un jour que je vous revois.

Je pense souvent à vous tous. Je suppose que Bernard a bien grandi et mes petites sœurs aussi. René m’a envoyé une lettre, il se remarie en mai… Je suis si heureux pour lui, comme j’aimerais être avec vous… Un jour peut-être.

Je vous embrasse bien fort.

Jules

Challenge AZ 2018

#ChallengeAZ – J comme Jour J

A Avize (Marne), le 11 novembre 1918.

Lettre de Jules GASNAL à Jules son fils, prisonnier en Allemagne.

CP Avize 21

Carte Postale panoramique d’Avize – Collection personnelle

Mon fils,

La guerre est finie ! La France et les alliés ont signé l’Armistice très tôt ce matin dans la forêt de Compiègne. Les combats ont cessé à 11 heures précises et notre belle église Saint Nicolas a carillonné comme toutes les églises de France. C’est un réel soulagement pour beaucoup de français. Tu vas revenir mon fils et en vie ! J’espère le plus vite possible.

Je n’arrive pas à te dire si je suis heureux. Je le suis d’une certaine façon car cette satané guerre est terminée, mais je suis triste et inquiet aussi. La France est s’en dessus dessous et tant de sang a été versé… Il y a tant de veuves, d’orphelins, de parents ayant perdu une partie d’eux… Comment reconstruire notre pays, nos vies ?

Sois sûr mon fils que tu pourras compter sur mon soutien pour ton retour parmi nous. Je te donne des nouvelles de la situation dès que je le peux.

Je t’embrasse,

Papa Jules

Challenge AZ 2018

#ChallengeAZ – I comme Interminable

A Bergues (59), le 11 octobre 1918

Lettre de Philoxime à son épouse Berthe.

cuirieux.JPG

Souvenir de Cuirieux (02) – avant la Grande Guerre

Ma belle épouse,

Voila maintenant plus de 4 années que je suis loin de toi, de notre vie, de nos enfants. Jamais je n’aurais pensé que notre union serait bousculé par cette guerre que l’ont nous avait donné comme courte. « Vous verrez, vous serez rentrés pour Noël », 4 ans que j’entends cela, je commence à ne plus le supporter. Souvent, je me demande si je vais rentrer, si cette guerre va se terminer un jour.

Je ne dors plus ma Berthe, mes yeux ne se ferment plus. S’ils se ferment, je vois mes camarades partis rejoindre les cieux. Je vois leurs regards vident, les corps volés dans les airs comme des poupées de chiffon. Et ces coups de canons qui résonnent inlassablement dans ma tête. J’ai peur de perdre la raison comme certains l’ont déjà perdu… Comme j’aimerais rentrer te retrouver et embrasser mes enfants.

C’est si long ici, interminable même. Mais je tiens bon pour toi, pour les enfants. Je rentrerais en vie, je te le promets.

Philoxime

Challenge AZ 2018

#ChallengeAZ – H comme Horreur

Quelque part dans un Hôpital de Campagne, le 18 janvier 1918.

Lettre de Marcel LEGER à René, son frère.

cpa_bois_des_buttes_01-r-500x328

Carte Postale – Bois des Buttes

Mon cher Frère,

J’ai fait un mauvais rêve cette nuit. Je crois que mon passage en commission de réforme aujourd’hui me cause bien des soucis.

J’ai rêvé que je retournais au front, en première ligne comme aux Bois des buttes. Le Général donnait l’ordre de franchir le parapet au petit matin et de conquérir la ligne des boches à quelques centaines de mètres. Le clairon sonnait et dans un grand fracas, à coups de canon et de mitrailleuses, nous étions projetés, les camarades et moi, en dehors de nos positions. Dans un nuage de poussières, je me relève, mes camarades sont au sol, déchiquetés en milles morceaux. Je regarde partout, affolé, et tout à coup, Gaston se tient debout en face de moi, livide, l’œil hagard. Je lui parle, je hurle, le secoue mais il ne m’entend pas, ne bouge pas… Puis ses yeux me fixent, il tombe et lorsqu’il touche le sol, se brise comme du verre.

Quelle horreur, c’était si réel que j’en tremble encore…

Vois-tu ce que la guerre a fait de nous ? Des hommes qui ne sont capables de rêver que des horreurs des tranchées… Misère. Je songe si souvent à Gaston, où peut-il être ? Les camarades disent qu’il y a des disparus par milliers à Verdun.

J’espère que tu te portes bien mon frère, que tu n’as pas trop mal. Je suis certain que Maman s’occupe bien de toi. Avez-vous des nouvelles de Maurice ?

Embrasse toute la famille pour moi, je pense bien à vous tous.

Je donnerais des nouvelles très vite.

Marcel

Challenge AZ 2018

#ChallengeAZ – G comme Garnison

Aisne, 22 septembre 1918.

Lettre de Philoxime DESON à Berthe, sa femme.

img_0135

Philoxime Eugène DESON – Collection personnelle

Ma chère épouse,

Nous avons été relevés ce matin. Nous pensions avoir un peu de repos en garnison mais il s’avère que notre Régiment est très demandé. Nous avons canardé les positions ennemies inlassablement depuis début août, ils commencent à fléchir, nous ne pouvons pas, nous ne devons pas relâcher nos efforts. Nous soutenons l’infanterie qui est en première ligne, et nous nous assurons de garder nos positions, de garder le terrain conquis et de les aider à poursuivre l’avancée de nos troupes en les couvrant.

J’ai envie de te dire que le moral est bon, que je suis en vie mais je suis las et fatigué par ses deux mois intensifs. J’aurais aimé quelques jours de repos et mieux encore, une journée de permission pour te voir toi et les enfants ! Je ne suis pas loin de vous et pourtant… Si tu savais tout ce qui se passe ici… Je ne dors plus, le bruit de nos canons de 75 m’est insupportable, l’odeur, le vent… J’espère rentrer bientôt pour vous retrouver, retrouver mes chers parents aussi, embrasse-les de ma part. 

Je t’embrasse.

Philoxime

Challenge AZ 2018

#ChallengeAZ – F comme France

Châlons-sur-Marne (Marne), 30 août 1918.

Ecrits d’Eugénie LEGER, mère de Gaston, René, Marcel et Maurice LEGER.

Eugénie

Eugénie SCHERER épouse LEGER – Collection personnelle

A toi Gaston, mon aîné, mon fils,

Voila maintenant plus d’un an que nous sommes sans nouvelle de toi. Ils ont beau me dire que tu ne reviendras pas, je n’ai pas envie d’y croire, mais pourtant, je dois me rendre à l’évidence. Tu ne m’aurais jamais laissé sans nouvelle, moi, ta « chère maman » comme tu aimais si souvent me le dire. Comment vais-je vivre sans toi ? J’imagine qu’un jour, à la fin de cette abominable guerre, tu ouvras la porte de cette maison pour me prendre dans tes bras. J’aimerais t’entendre me dire : « Je suis revenue Maman, je suis désolé de n’avoir pu te rassurer, je ne te laisserais plus sans nouvelles ». Tu me manques tellement.

Se battre pour la France, c’était un honneur pour toi, tu faisais courageusement ton devoir. Mais à quel prix ? Que t’est-il arrivé ? Savais-tu que tu ne reviendrais pas ? Faut-il sacrifier sa vie pour son pays ?

Il faut que je me rende à l’évidence… Ton père me dit souvent de retrouver la raison. Je ne verrais plus tes yeux doux, ton visage d’ange et ton sourire qui me faisait passer toutes tes bêtises d’enfants.

Comment ne pas être en colère, la France a enrôlé mes 4 fils ainés dans cette guerre. Elle les a blessés et meurtris. Mais le pire c’est que MA France m’a pris un fils, ma chair. Chaque seconde je tremble à l’idée qu’elle m’en enlève un deuxième…

Gaston, tu es à jamais dans mon cœur et dans mes larmes.

Ta maman qui t’aime.

Challenge AZ 2018

#ChallengeAZ – E comme Engagement

A Autun (Saône-et-Loire), le 1er octobre 1918.

Lettre de Fernand LEFEBVRE à son père Harthur.

Fernand

Fernand LEFEBVRE – Collection personnelle

Mon cher père,

Mon devoir est accompli. Je reviens de la mairie ou je viens de m’engager. Je ne vous remercierais jamais assez de m’avoir envoyé votre autorisation. C’est une marque de confiance de votre part, je saurais m’en souvenir. Je me suis engagé pour une période de 4 années et je pars dès demain pour le 5ème dépôt des Equipages de la Flotte à Toulon. Mon souhait est exhaussé. Vous vous rendez compte père ! La Marine ! Vous allez être fier de moi, j’en suis sûr ! J’ai hâte de découvrir ce qui m’attend et d’apprendre. D’ici quelques mois, je pourrais prêter main forte aux hommes qui se battent pour la France, pour notre Liberté. Que Maman ne s’inquiète pas, je suis robuste. Je vous écrirais chaque fois que je le pourrais, j’ai mis dans mon baluchon du papier et des crayons.

Je pense bien à vous,

Votre dévoué Fernand.