#RDVAncestral

3ème #RDVAncestral : Avize, un jour de septembre 1909

Chaque troisième samedi du mois, il est possible de partir à la rencontre de ces ancêtres. Le #RDVAncestral est un projet d’écriture, ouvert à tous, qui mêle littérature et généalogie. L’idée principal de ce rendez-vous est de partir à la rencontre de ces ancêtres, à l’époque choisi, et d’imaginer la suite. Vous pouvez retrouvez les rencontres de tous les participants sur le site www.rdvancestral.com.

 

Je ne pouvais imaginer mieux pour ce 3ème rendez-vous ancestral ! Je me trouve à Avize, dans la Grande Rue qui accueille la plupart des commerces de ce petit bourg champenois. Je connais bien cette rue, je l’ai tellement observé sur les vieilles cartes postales.

La rue pavée remonte vers le haut du village. J’aperçois un peu plus loin la célèbre carotte rouge adossée au mur d’une maison. Cette carotte, mise en place en 1906, indique la présence d’un bureau de tabac. La rue est animée, les habitants ou visiteurs entrent et sortent des boutiques, s’arrêtent, discutent… Peut-être que les vendanges sont en préparation.

AVIZE - Grande Rue ed GASNAL - Copie

J’arpente la jolie rue en essayant de ne pas me perdre dans mes pensées. Mes ancêtres avizois ont du la parcourir en long, en large et en travers… Après une centaine de mètres, j’arrive devant deux belles boutiques (je vous prie de souligner mon objectivité). Celle de gauche est une épicerie. C’est la succursale n°86 des Docks Rémois. J’adore ce décor d’autrefois ! Dans la vitrine, on peut voir des bocaux bien remplis, des vêtements, des balais, des paniers et toutes sortes de denrées alimentaires.

Un client sort de la boutique. A travers l’entrebaillure de la porte, je remarque une femme derrière son comptoir en bois. Je suis certaine qu’elle est au petit soin avec sa clientèle. Bien évidemment, je la reconnais immédiatement. Il s’agit de mon arrière-arrière grand-mère, Blanche DERUME épouse GASNAL. C’est elle qui tient l’épicerie. Juste en face, dans l’autre boutique, c’est le bureau de tabac de Jules. J’avoue qu’au début, je n’imaginais pas la devanture du magasin comme ça. Mais après tout, nous sommes au début du 20ème siècle, tout est différent du monde dans lequel je vis. L’échoppe est au rez-de-chaussé d’une maison en brique rouge. A la fenêtre, des dizaines et des dizaines de pipes savamment disposer sur un présentoir. Je ne perds pas une seconde de plus, je rentre dans la boutique.

Une petite cloche installée juste au dessus de la porte signale ma présence. La pièce n’est pas très grande mais suffisamment pour accueillir 2 tables avec des chaises. Le comptoir est disposé dans le fond de la salle. Juste à côté, un joli présentoir est rempli de cartes postales. Derrière, une porte semble donner dans un seconde pièce à l’arrière de la bâtisse. J’entends des bruits de pas qui se rapprochent. C’est par cette porte que Jules GASNAL, mon arrière-arrière grand-père, entre dans son magasin.

« Bonjour Madame, que désirez-vous ? me demande-t-il aimablement.

Prise de court, je lui réponds, hésitante :

Bonjour Monsieur GASNAL. Je …. euh… souhaiterais vous acheter des cartes postales. C’est bien vous qui les faites éditer ?

Tout à fait Madame ! Je vous laisse les choisir, si vous avez besoin, je suis à votre entière disposition.

Je m’approche du présentoir et tente d’en sélectionner quelques unes. Je me sens trop bête ! Je rêve depuis des lustres de pouvoir le voir, lui parler et là, je ne sais même plus quoi lui dire ! Pfff ! Je l’observe du coin de l’œil. Il a l’air bien occupé. Son affaire doit marcher, mais pour en être sûre, j’irais vérifier aux Archives Départementales. Le bruit du carillon et de la porte me tire de ma rêverie. Un homme entre dans la boutique.

Bonjour Monsieur BONVILLE, dit Jules.

Bonjour Monsieur GASNAL, comment allez-vous ? demande-t-il. Les deux hommes se serrent la main.

Très bien, je vous remercie et vous ?

Bien, bien. Avez-vous reçu mon tabac d’Amérique du Sud ?

On me l’a livré ce matin même. J’étais justement en train de vous le préparer, répond Jules.

C’est parfait.

Tout en finissant d’emballer la marchandise, Jules demande :

Alors ces vendanges, vous êtes prêts à démarrer la semaine prochaine ?

M’en parlez pas ! Je ne sais pas si la récolte de cette année sera bonne… En plus de cela, il me manque encore des vendangeurs, lui répond-il. Si vous connaissez des personnes courageuses, je suis preneur !

Je pourrais mettre des affiches dans ma boutique si vous voulez, propose Jules. Il lui tend son paquet. Voilà Monsieur BONVILLE, cela vous fera 10 francs 75.

Tenez, voici l’appoint. Je vous remercie, vous êtes toujours efficace, complimente le client.

– C’est avec plaisir Monsieur BONVILLE.

– Bonne journée.

– Bonne journée et à bientôt.

L’homme quitte la boutique. Jules range la monnaie dans une petite boîte. Il fait de la place sur son comptoir et passe un coup de chiffon. Un fois son affaire terminée, il me regarde et dit :

Vous n’avez pas l’air de savoir laquelle choisir.

Euh… Non pas vraiment, elles sont si jolies. J’aimerais toutes les avoir ! lui dis-je.

Jules sourit et s’approche du présentoir. Je me tente :

Monsieur GASNAL, à vrai dire, je ne suis pas venue uniquement pour vos cartes postales. Vous auriez quelques minutes à m’accorder ?

Vous êtes journaliste ! s’exclame-t-il

Non, non, absolument pas. Disons que c’est assez long à expliquer. Je lui indique avec ma main la table la plus proche. Peut-on s’asseoir ?

– Vous m’avez l’air un peu étrange, mais disons que j’aime bien les personnes dans votre genre. Asseyez-vous, je vais nous chercher quelque chose à boire.

– Merci beaucoup !

Je m’asseois, tandis que Jules file dans son arrière boutique et reviens avec 2 verres et une bouteille. Pourvu que ce ne soit pas de l’alcool  ou même du Champagne, j’ai horreur de ça. Il s’assoit en face de moi.

– Merci, Monsieur GASNAL.

Pendant que Jules nous sert, je commence mes explications… Qui je suis, d’oû je viens et à quelle époque je vis. Je lui explique que depuis que j’ai découvert son existence, je suis fascinée par son personnage et que je suis admirative de tout ce qu’il a pu faire. Malgré son enfance triste, il a réussit sa vie de famille, professionnelle et privée. C’est un homme remarquable.

Bon sang, il me regarde avec des yeux ronds comme une queue de pelle ! Voilà, il doit me prendre pour une illuminée ! Je lui explique qu’avec la technologie du 21ème siècle, on peut rendre visite à ces ancêtres et que je suis déjà venue le voir, lorsque Madame ROUX l’a déposé au Commissariat de Police de Puteaux pour l’abandonner une seconde fois…

Jules réagit et me coupe la parole :

Madame ROUX ? Cela me dit quelque chose mais je n’arrive pas me souvenir.

Je pense que vous avez du occulter cette partie de votre vie car personne n’a jamais entendu parler d’elle avant que je tombe sur la transcription du Procès-Verbal d’abandon. 

Et bien, quelle visite ! Je suis à la fois très surpris et heureux de faire la connaissance de ma descendance. Jules me sourit.

J’avais peur que vous me preniez pour une aliénée… lui dis-je.

Ca aurait pu ! Mais je vois bien que tu es honnête, mon arrière-arrière petite fille ! C’est incroyable… 

Bien évidemment, je suis tellement heureuse de passer un petit moment avec lui… Je lui sourit.

– Je peux te poser un peu de questions? me demande-t-il.

Quelques unes, lui dis-je. Mais je ne pourrais pas répondre à tout, je ne veux pas que notre rencontre puisse jouer sur votre vie et votre future. 

Bien entendu. Je suis actuellement en train de travailler sur un engin volant que je vais appeler le monoplan ballon. Je compte dépose le brevet en avril prochain si tout est prêt. Est-ce que je vais obtenir ce brevet ?

Je lui sourit un fois de plus, il est si enthousiaste !

Oui ! Le brevet vous sera attribué en juin 1910.

Oh c’est formidable ! Je savais bien que je tenais quelque chose !

Nous continuons à bavarder et a siroter de la limonade toute l’après-midi en étant dérangé, de temps à autre, par quelques clients. Il prend plaisir à les servir, à leur parler de tout. Pas de doute, il est vraiment exceptionnel.

La journée s’assombrit, il est temps pour moi de lui dire aurevoir.

Merci Jules pour cet après-midi. Tu ne peux pas savoir comme elle me comble de joie. Je suis tellement heureuse de t’avoir rencontré. Mais il est l’heure que je m’éclipse. Pas un mot de tout ça à personne… lui dis-je

Bien évidemment ! Tu peux compter sur moi. Je suis également ravie de t’avoir rencontré. Nous nous reverrons ?

Peut-être lors d’un autre #RDVAncestral… Je l’espère. Aurevoir Jules.

Aurevoir Emeline.

Je tourne les talons, et passe la porte de la boutique. Comme j’aimerais rester ici, mais on n’attends chez moi… Quelques larmes roulent sur mes joues. Ce n’est qu’un aurevoir, je reviendrais le voir, c’est sure.

Famille GASNAL devant boutique modif couleur

Jules, à droite du chien, devant sa boutique de tabac. Juste à côté de lui avec le petit foulard, Jules, son fils, mon arrière grand-père. 

 

 

 

 

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Histoires diverses

Il y a 100 ans, le 26 août 1917

Dans l’euphorie du centenaire de la Première Guerre Mondiale, période de l’histoire que j’apprécie beaucoup, j’ai voulu en savoir plus sur mes ancêtres qui ont participé à celle qui devait être la Der des Ders.

3 de mes 4 arrières-grands-pères ont participé à ce conflit, Ils y ont tous survécu, et sont revenus, certainement meurtris, changés, auprès des leurs. C’est plutôt une bonne nouvelle n’est-ce pas ?

Puis un jour, sur le Monument aux Morts de Châlons-en-Champagne, je vois inscrit : LEGER GASTON. Gaston ? Bizarre.

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Monument aux Morts de Châlons-en-Champagne – Collection personnelle

Une fois installée devant mon ordinateur, les investigations commencent sur Mémoire des Hommes.

BINGO ! LEGER Gaston Eugène né le 16 octobre 1890 à Châlons-sur-Marne est le frère ainé de mon arrière-grand-père Marcel Jules LEGER. Il est porté disparu depuis le 26 août 1917 à Beaumont-en-Verdunois (55) et déclaré Mort pour la France le 29 juillet 1921.

Gaston est le premier d’une fratrie d’au moins 13 enfants dont seulement 7 sont vivants en 1914. Ces parents, LEGER Marie Camille Adrien et SCHERER Eugénie Augustine se sont mariés à Châlons le 26 avril 1890. Lui est originaire de Mont-devant-Sassey dans la Meuse et elle de Châlons.

Gaston est recensé en 1910 au Bureau de recrutement de Châlons-sur-Marne sous le numéro de matricule 1313. A l’époque, il est ouvrier en chaussures. Il mesure 1m67, ces cheveux sont châtains foncés, ces yeux « jaunes foncé saillants » et son teint est coloré.

Une mention sur le registre de matricule indique qu’il était musicien.

Le 10 octobre 1911, il arrive au 106ème Régiment d’Infanterie basé à Châlons. Après 2 ans d’instruction militaire, il retourne dans sa famille, au 5 rue des Rivaux, le 8 novembre 1913.

Bien évidemment, Gaston est rappelé sous les drapeaux à la mobilisation générale. Il arrive au 106ème RI le 2 août 1914.

En 1915, il est blessé à deux reprises :

– le 30 mars 1915 aux Eparges (55) : il reçoit un éclat d’obus qui le blesse sur la partie médiane du front.

– le 3 juillet 1915 au fort de Thiaumont à côté de Verdun (55) : une nouvelle fois, un éclat d’obus le touche en lui fracturant le radius et en lui faisant plusieurs plaies au front.

Le 28 septembre 1915, il passe au 47ème Régiment d’Infanterie. Puis le 5 octobre 1915, il est transféré au 248ème Régiment d’Infanterie avec l’indication « aux armées ». Gaston est nommé Caporal le 1er novembre 1915. J’apprendrais, d’après sa citation, qu’il était brancardier (au mois jusqu’au 5 octobre 1915).

Le 3 janvier 1917, il est une dernière fois transféré au 155ème Régiment d’Infanterie.

Depuis juillet 1917, le 155ème RI est près de Verdun. Les journées du 26 et 27 août 1917 sont tragiques. Le 155ème RI est en première ligne. L’attaque de Beaumont est prévue le 26 août au matin avec le soutien du 154ème RI à droite et le 287ème RI à gauche. A 4 h 30, les allemands débarquent sur les barrages français. A 4h45, nos lignes s’élancent et s’enfoncent dans les lignes ennemies.

Après 2 jours de combats acharnés, notre armée n’a pas réussi à reprendre le petit village meusien, qui sera rayé de la carte.

Bilan de ces 2 journées :

  • 46 tués
  • 146 blessés
  • 237 disparus

Depuis le 26 août 1917, Gaston est porté disparu… Peut-être est-il parmi les 130 000 soldats inconnus de l’Ossuaire de Douaumont ? Ou peut-être est-il encore enseveli sous la terre retournée par les obus… Pauvre Gaston.

Voici un extrait de la transcription de l’acte de décès de Gaston, acte n°599 du registre des décès de l’année 1921 du Châlons-sur-Marne :

« … nous transcrivons ici le jugement déclaratif de décès rendu par le Tribunal civil de Châlons-sur-Marne à la date du 29 juillet 1921. Par ces motifs : déclare constant le décès de Léger Gaston Eugène du 155ème Régiment d’infanterie, né à Châlons-sur-Marne le 16 octobre 1890, fils de Marie Camille Adrien et de Eugénie Augustine SCHERER, célibataire, classe 1910, numéro de matricule 1513 du recrutement de Châlons-sur-Marne, domicilié en dernier lieu à Châlons-sur-Marne, arrondissement de Châlons-sur-Marne, est décédé le 26 août 1917 à Beaumont (Meuse) « MORT POUR LA FRANCE »… »

Que reste-il de Gaston dans les Mémoires ?

Mon papy, le neveu de Gaston, s’appelle Maurice Gaston.

Chose un peu plus étrange, la famille de la mère de mon papy : les RITZLER, ont toujours pensé que Marcel Jules LEGER (mon AGP, le frère de Gaston) s’appelait Gaston.

L’attachement à ce frère disparu a permis de conserver sa Croix de Guerre avec étoile de bronze, transmis à mon papy.

Gaston a été cité (ordre du régiment n°39) :

« Depuis le début de la campagne, s’est montré brancardier dévoué et courageux. A été blessé le 20/03/1915 pendant qu’il transportait au poste de secours des blessés tombés en première ligne ».

 

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Photographie personnelle – Tout droit réservé

A mon cher Gaston. Tu vois, 100 ans plus tard, on pense encore à toi.

J’espère qu’un jour, des personnes passionnées comme il y en a à Massiges (51) retrouveront tes ossements et que nous pourrons faire une belle cérémonie pour toi et tes camarades.

 

Il est important de ne pas oublier les sacrifices de ces millions d’hommes, tombés au champ de bataille, mutilés, blessés, gazés, meurtris par les horreurs qu’ils ont vu, subis, acceptés… 

 

 

 

#RDVAncestral

Deuxième #RDVAncestral : juin 1940

Chaque troisième samedi du mois, il est possible de partir à la rencontre de ces ancêtres. Le #RDVAncestral est un projet d’écriture, ouvert à tous, qui mêle littérature et généalogie. L’idée principal de ce rendez-vous est de partir à la rencontre de ces ancêtres, à l’époque choisi, et d’imaginer la suite. Vous pouvez retrouvez les rencontres de tous les participants sur le site www.rdvancestral.com.

Cette fois, je sais où nous sommes ! Même si le lieu n’est pas exactement comme il est aujourd’hui, je reconnais parfaitement l’endroit. Je me trouve sur le quai de la gare de Châlons-en-Champagne. Enfin non, ma ville ne devait pas encore avoir changé de nom, nous sommes donc à Châlons-sur-Marne, chef-lieu du département de la Marne. Je prends quelques secondes pour l’admirer. La verrière au dessus du quai est magnifique et majestueuse, comme j’aurais aimé la connaitre ainsi ! Je ne peux m’attarder plus longtemps, il règne une ambiance assez pesante. De plus en plus de personnes s’amassent sur le quai. Je me rends compte qu’il n’y a pas que des voyageurs lambda. Je reconnais, par leur tenue, des infirmières et du personnel hospitalier. Une voix se fait entendre de l’intérieur du bâtiment :

« Faites place s’il vous plait ! »

La foule s’écarte pour laisser passer plusieurs dizaines de brancards occupés. Le personnel accompagne également des vieillards. Pas de doute, nous sommes le 12 juin 1940. Cela fait un bon mois que la ville et sa population sont mises à rudes épreuve. L’armée nazis bombardent inlassablement la cité provoquant destructions et incendies. Depuis quelques jours, c’est un peu plus calme mais les citoyens châlonnais ont les nerfs à vifs. D’ici quelques heures, la 2ème division de panzer du 39ème corps d’armée motorisée attaquera Châlons, ma ville… Ma gorge se serre, j’ai une boule au ventre. Châlons est officiellement évacuée. Les patients des hôpitaux, des maisons de retraite, de l’hôpital psychiatrique doivent quitter la ville. Les autorités ont donné ordre aux derniers Châlonnais de quitter la cité, de fuir vers d’autres villes plus sûres.

Je suis attentive aux personnes présentent sur le quai et celles qui arrivent. Je cherche des visages familiers que j’au vu de nombreuses fois en photos et dont je ne cesse de contempler. Je me fraye un chemin près de l’entrée du quai pour être sûre de ne pas les rater ! Tout à coup j’entends :

 » Huguette, Simone, restez bien derrière moi. Rose tu suis aussi ?

– Oui ne t’en fais pas. Nous sommes toutes les 3 derrière toi, répond Rose.  »

Je m’approche doucement d’eux. Jules, mon arrière grand-père avec sa casquette visée sur la tête, est fidèle à ce que l’on m’a toujours raconté : grand avec une belle carrure. La famille s’arrête sur le quai. Ils sont chargés comme des mulets avec plusieurs couches de vêtement les uns par dessus les autres et des bagages à main. Jules a une couverture roulée en bandoulière dans le dos. Je suis heureuse d’apercevoir Huguette, ma Mamie, qui n’a que 12 ans à cette époque. Elle se tient devant son père. Simone, 12 ans aussi, la fille de Rose, se tient près d’elle.

Jules et Rose se sont rencontrés à Châlons. Tous les 2 veufs et parents, ils se sont mariés 2 ans auparavant, le 1er août 1938. Huguette et Simone se considèrent comme des soeurs.

Je regarde ma Mamie. Elle a l’air inquiète, mais quel enfant ne le serait pas dans une telle situation. Je regarde Jules aussi. Revenir de la Grande Guerre et recommencer 25 ans après, quel horreur !  Dans quel état d’esprit peut-il bien être ?

Soudain le klaxonne d’un train se fait entendre. Quelques secondes après, il entre en gare. Le crissement strident des freins signale son arrêt imminent. Mais ce n’est pas un train de voyageurs ordinaires qui s’arrête. Ce sont des wagons à bestiaux tractés par une vieille locomotive !

Le chef de gare organise l’installation de la population :

« Dans les wagons 1 à 7 : les malades et le personnel hospitalier. Dirigez-vous vers l’avant du quai. Merci. Pour les civils : wagons 8 à 12. Montez tant que vous pouvez. S’il n’y a plus de place, le prochain train sera là dans 4 heures. »

Jules et Rose se regardent. Puis Jules s’adresse aux fillettes:

« Allez les filles, venez, dépêchez-vous, nous allons monter dans ce train. »

Toujours aussi inquiète, Huguette attrape la main de son papa et ils se dirigent tous les 4 vers l’arrière du train. Je les suis aussi afin de pouvoir monter dans le même wagon qu’eux. Je ne sais pas combien il peut y avoir de personne dans cette gare mais nous sommes nombreux. Je ne suis pas certaine que tout le monde tiendra…

Jules grimpe dans l’un des premiers wagons réservés aux civils et aide Huguette, Simone et Rose à monter à bord. La marche est assez haute. Jules aide également d’autres personnes. Cela ne m’étonne absolument pas de lui. J’en profite et je me dirige de son côté. Jules me tends la main, je la saisis et grimpe à mon tour dans ce wagon de fortune.

« Merci » lui dis-je.

Il me sourit brièvement puis continue son action. Je me faufile parmi les voyageurs et me place tout près de ma Mamie en veillant à laisser de la place pour son papa. C’est tellement bizarre cette situation. J’ai envie d’aller l’embrasser, la réconforter en attendant que Jules arrive mais je ne peux pas ! Elle me prendrait pour une illuminée surtout si je lui lance un « Salut Mamie » !

Après quelques minutes, Jules revient auprès de sa famille. Les portes du wagon se ferment. Le train ne devrait pas tarder à s’élancer en direction du Sud, en passant par Nevers. Ils descendront pour y être hébergée par Odette, la sœur de Jules qui vit dans cette commune avec son mari, son fils ainsi que Blanche leur mère.

Le chef de gare siffle et le train se mets doucement en marche. Nous sommes serrés, le voyage sera difficile. Peu à peu, malgré l’inquiétude qui règne, les voyageurs semblent se détendre.

Nous roulons depuis une bonne demi-heure quand tout à coup, dans un vacarme assourdissant, des avions semblent mitrailler dans une zone proche de notre train. Le train se mets à bouger et à trembler de façon inhabituel ! Des explosions retentissent, des voyageurs hurlent. Jules réagit tout de suite, il attrape Rose et se couche sur les 3 filles pour les protéger. Il n’y a pas de doute, c’est bien notre train qui est visé ! Je m’accroupie et me protège la tête. La ferraille crisse, pitié, il faut que ça s’arrête ! Le train est chahuté dans tous les sens puis il se stoppe net. Pendant quelques secondes, plus un bruit. Un silence apocalyptique. Puis, j’ouvre les yeux et relève la tête. Je vois Jules dans la même position que je l’ai laissé. Il y a de la fumée partout. On peut entendre quelques gémissements. Jules se redresse à son tour :

« Les filles vous n’avez rien ?

Toutes les 3 le réconfortent d’un signe de tête. Puis il se tourne vers moi.

– Mademoiselle, tout va bien ? me demande-t-il.

– Oui, ça va. Merci beaucoup, lui dis-je.

il me sourit puis se tourne vers Rose.

– Je vais voir si l’on a besoin de moi. Je reviens.

Jules se lève et retire la couverture de son dos. Là, logé dans cet écrin, un éclat de fer !

– Bon sang Rose ! Regarde ! Je l’ai échappé belle ! s’exclame-t-il.

– Oui !  » répond Rose.

Jules lui donne la couverture et sors du wagon. Rose retire le projectile encore chaud et couvre les filles.

La tombée de la nuit se fait sentir. Dans le wagon, tout le monde est bien éprouvé. Chacun s’occupe de ces proches, rassure leur compagnons de voyage.

Après plusieurs dizaines de minutes, Jules revient.

« Nous allons dormir ici cette nuit. La voie ferré a été bombardée et coupée. Les agents des chemins de fer de l’est viennent d’être prévus, ils devraient arriver dans la soirée pour réparer ce qui a été endommagé. Ils en ont probablement pour toute la nuit. Le train repartira demain matin.

– Il y a des blessés ? Demande un homme à droite de Jules.

– Quelques dizaines, répond Jules. Le wagon le plus touché est celui juste devant le notre. Le personnel hospitalier les a pris en charge. Puis, d’une voix plus forte il ajoute, S’il y a des blessés dans ce wagon, même une simple égratignure, on m’a chargé de vous dire que vous pouvez trouver une infirmière vers l’avant du train.

– Savez-vous où nous sommes ? demande une femme dans le fond du wagon

– Nous sommes près de Vatry.  »

Une femme se lève, la main ensanglantée et descend du wagon suivie de 2-3 personnes.

Au fil des heures, le calme revient peu à peu. Certains voyageurs discutent, d’autres, notamment les plus jeunes se sont endormis. Huguette, Simone et Rose semblent dormir également. Jules veille encore. A quoi peut-il bien songer ? J’aimerais lui poser des tonnes de questions. Mais je ne vais pas rendre la journée plus pénible qu’elle ne l’est déjà. Je vais tranquillement le laisser se reposer et s’endormir, puis je m’en irais discrètement. Je ne me fais pas de soucis pour lui et ma Mamie. Je sais que demain, ils seront à Nevers chez Odette. Malheureusement, les allemands arriveront eux aussi quelques jours après. La famille restera dans la Nièvre jusqu’en septembre 1940, puis, il retourneront à Châlons occupée par le IIIe Reich pendant 4 longues années.

Jules s’endort à son tour. Je me lève, enjambe quelques voyageurs et descend du wagon. Quelle journée ! Je me retourne, leur envoi des baisers et m’engouffre dans les bois. Peut-être aurais-je l’occasion d’interroger Jules lors d’un autre #RDVAncestral.

 

A ma Mamie, une personne formidable ! Merci de répondre à mes milliards de questions !

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# RDV Ancestral

Chaque troisième samedi du mois, il est possible de partir à la rencontre de ces ancêtres. Le #RDVAncestral est un projet d’écriture, ouvert à tous, qui mêle littérature et généalogie. L’idée principal de ce rendez-vous est de partir à la rencontre de ces ancêtres, à l’époque choisi, et d’imaginer la suite. Vous pouvez retrouvez les rencontres de tous les participants sur le site www.rdvancestral.com.

Bon sang, qu’il fait froid ! Je ne sais dans quelle ville je me trouve ni l’époque dans laquelle je suis mais, une chose est sûre, nous sommes en hiver. Les quelques personnes qui s’aventurent dehors sont emmitouflés dans leur manteau bien chaud. Si seulement je pouvais savoir où je suis….

Je regarde autour de moi. Au loin, j’aperçois un vendeur de journaux, je me précipite vers lui :

« Bonjour Monsieur, dis-je.

Bonjour Madame, me répond-t-il aimablement.

Excusez-moi de vous déranger en plein travail mais pouvez-vous me donner la date d’aujourd’hui et dans quelle ville sommes-nous ?

Interloqué, le vendeur me répond tout de même :

Euh, nous sommes le jeudi 10 mars 1864 et vous êtes dans la ville de Puteaux. Mais vous semblez perdue, je peux certainement vous aider ?

Le 10 mars 1864, mon Dieu, quelle chance ! Il faut que je me dépêche si je veux au moins l’apercevoir ! Je ne sais pour combien de temps je vais rester à cette époque…

Merci Monsieur, c’est gentil à vous. Pouvez-vous m’indiquer comment me rendre au Commissariat de Police ?  »

Toujours aussi inquiet, le vendeur me donne le chemin à suivre pour aller au plus vite. J’en ai pour 5 bonnes minutes à pied mais je suis bien trop impatiente, j’accélère le pas.

Arrivée devant le Commissariat, je reprend mon souffle. Il faut que j’ai l’air « normal » et que je me fasse la plus discrète possible. Une voiture tirée par deux chevaux s’arrête devant la bâtisse. Une femme puis un garçonnet descendent. Je pense le reconnaître. Dans quelques minutes, si j’arrive à les suivre, je serais fixée. Ils entrent dans le Commissariat. J’emboîte le pas derrière eux.

La Dame s’adresse à un policier dans le hall. Malgré le brouhaha, j’arrive à entendre, très faiblement, ce qu’elle lui demande. Le petit garçon se tient sagement près d’elle.

« Bonjour Monsieur l’Agent. J’ai rendez-vous avec le Commissaire ROUBEL, est-il disponible pour me recevoir ?

Bonjour Madame, répond-t-il, Monsieur ROUBEL vous attendait, je vous invite à me suivre. »

L’Agent se dirige vers l’arrière du bâtiment. La Dame et le petit garçon le suivent. Je marche discrètement derrière eux. Il y a du monde dans ce Commissariat, ils ne devraient pas s’apercevoir de ma présence…

Nous entrons dans une vaste pièce composée d’un bureau central et de plusieurs offices. De part et d’autre de l’entrée, deux grands bancs avec déjà des personnes assises. La Dame se tourne et s’adresse au petit garçon :

« Jules, assieds-toi sur le banc, si l’on a besoin de toi, je t’appellerais. »

Jules s’exécute sans un mot. Il s’assied sur le banc à gauche. La Dame s’avance vers le bureau central. A mon tour, je m’assoies mais sur le banc de droite.

« Bonjour Monsieur ROUBEL, je suis Madame ROUX.

Bonjour Madame ROUX, je vous attendais, lui répond-t-il d’une voix grave. Je vous en prie, asseyez-vous. Le Commissaire se tourne vers un agent de police. Auguste, pouvez-vous m’assister et rédiger le procès-verbal ?

L’homme lui fait un signe de la tête et s’assied  à la table la plus proche. Le Commissaire l’imite, mets de l’ordre sur son bureau et commence son interrogatoire :

Madame ROUX, pouvez-vous décliner votre identité : nom, prénoms, domicile, profession.

Je me nomme Gabrielle ROUX née MOISSON, j’ai 42 ans, je suis ménagère et je réside avec mon époux, ouvrier boulanger, au 2 rue du Puits d’Amour à Suresnes…

Bien, c’est suffisant, coupe le Commissaire. Pourquoi venez-vous ? demande-t-il sèchement.

Madame ROUX, tout en tripotant son mouchoir en tissu, commence son récit :

Cher Commissaire, le 10 août 1862, deux dames : l’une paraissant âgée de 25 à 30 ans, se nommant Henriette GASNAL, se disant la mère et l’autre d’une soixantaine d’années, répondant au nom de Madame Veuve GASNAL, demeurant toutes les deux à la Maison Crépin, Place d’Armes à Suresnes, sont venues placer en pension chez moi un petit garçon âgé de 5-6 ans et qu’elles nommaient Jules GASNAL. Apparemment, ces deux dames venaient de Paris mais demeuraient à Suresnes depuis 5-6 semaines. Elles paraissaient être dans une situation modeste. Elles m’avaient promis de me donner 25 francs par mois pour la pension du petit. Le lendemain, elles quittèrent la ville sans laisser d’adresse, sans me prévenir ni même me laisser quelconques pièces pouvant justifier l’état-civil du petit garçon. Depuis cette date, je ne les ai revues, ni pour me payer la pension, ni pour le réclamer. J’ai entamé des recherches pour les retrouver mais elles sont restées vaines. J’ai questionné Jules à plusieurs reprises, il se rappelle seulement avoir habité à Batignolles et avoir peut-être été baptisé à l’Eglise Saint Roch. J’ai cherché son acte de baptême néanmoins cela n’a pas porté ses fruits. N’ayant pas d’autres ressources que le travail de mon mari, je ne peux le garder plus longtemps sous mon toit et à ma charge. Madame ROUX, tête baissée, tripote toujours son mouchoir.

Bien Madame. Le Commissaire semble bien trop habitué à ce genre de situation et abrège l’entrevue. Vous n’avez-rien à ajouter ? lui demande-t-il.

Non Monsieur le Commissaire, répond-elle d’une faible voix.

Bien. Les faits sont donc exposés. Auguste avez-vous pris note de la déposition de Madame ?

Parfaitement Monsieur le Commissaire, répond l’Agent.

Bien. Madame ROUX, par conséquent, je propose donc le placement de l’enfant Jules GASNAL au service des Enfants Assistés de l’Assistance Publique de la Seine.

Madame ROUX acquiesce d’un signe de tête. Je regarde Jules assit sur l’autre banc. Le regard dans le vide, il a l’air si triste. Quelques minutes s’écoulent.

Madame ROUX, dit le Commissaire, le procès-verbal est rédigé, vous allez pouvoir le signer.

Merci Monsieur le Commissaire, toutefois, je ne vais point pouvoir le signer, je ne sais pas écrire, avoue-t-elle.

Bien Madame, nous allons le consigner dans le procès-verbal. Avez-vous des questions ? demande toujours aussi sèchement le Commissaire.

Que va-t-il se passer pour Jules ?

Un agent va le conduire au dépôt de la Préfecture de Police afin qu’il soit statué à son égard comme il appartiendra. De notre côté, nous allons lancer des recherches afin d’obtenir des indices sur ses parents. Madame ROUX, attentive à la réponse du Commissaire, baisse à nouveau la tête. Si vous n’avez plus de question, je vous raccompagne. »

Expéditive cette entrevue… Forcément, pour un enfant abandonné, on ne va pas perdre son temps… Le Commissaire se lève, Madame ROUX fait de même. Elle range son mouchoir dans sa poche et le suit. Le Commissaire s’arrête devant le petit garçon et lui dit :

« Mon garçon, attends ici, un agent va venir te chercher. 

Jules relève la tête, le regarde et esquisse un petit sourire de politesse.

Au revoir Jules, lance Madame ROUX ». Puis sans un regard, elle passe la porte et s’en va accompagnée du Commissaire.

Jules ne la regarde pas non plus, il baisse la tête. Une larme se met à couler sur sa joue.

J’ai envie de hurler ! J’ai envie de rattraper Madame ROUX et de lui demander comment elle arrive à l’abandonner une seconde fois ! Il a 7 ans, il n’a rien demandé à personne ! Comment arrive-t-elle à se regarder dans le miroir ? N’a-t-elle pas de cœur ?

Je m’approche de Jules et m’accroupie près de lui. Le petit garçon ne me regarde pas. Il a l’air perdu.

« Bonjour Jules. Je lui essuie sa petite larme délicatement. J’ai tellement envie de le prendre dans mes bras et de l’emmener avec moi.

Bonjour Madame, me répond-t-il timidement.

Ça va aller ?

Je pense que oui…

Tu sais Jules, tu auras une belle vie quand tu seras grand. Ne laisse personne dire que tu n’es pas à la hauteur. Tu es intelligent, créatif et plein d’esprit. Tu verras, tout s’arrangera.

Un peu surpris par mes propos, il me regarde et me dit :

Merci Madame pour vos gentils mots.

Un agent entre dans la pièce et appelle d’une forte voix :

Jules GASNAL ?

Jules se lève et répond :

Oui Monsieur.

Suivez-moi, je dois vous déposer à la Préfecture de Police, dit sèchement l’agent.

Jules a de nouveau ce regard triste. Il se tourne vers moi et murmure :

Je vous reverrai ?

Mes yeux se remplissent de larmes. J’aimerais tellement pouvoir rester à ses côtés, le voir grandir, tout savoir de lui. A voix basse, je lui dis :

Je suis désolée mais c’est impossible. Je suis ton futur. Mais sois sûr que je ne te quitterai pas. Je ne t’abandonnerai pas, je t’en fais la promesse. Je te suivrai toujours. De bonnes choses t’attendent dans le futur. Saches que je suis très fière de toi.

Madame, vous connaissez ce garçon ? m’interroge l’agent.

Je me lève,

Non, non. Il était seul assit sur le banc, je suis simplement venue lui parler.

D’accord. Jules GASNAL, allons-y.

Au revoir Madame, me dit Jules.

Au revoir mon cher Jules... »

Je le regarde s’éloigner… C’était tellement court. Je suis si triste de le voir partir, j’aurais tant souhaiter que cet instant dur plus longtemps. Mais qu’aurais-je pu dire de plus à ce petit garçon ?

A mon tour, je quitte le Commissariat. Dehors, il fait toujours aussi froid. Je ne peux m’empêcher de penser à Jules. Que va-t-il se passer jusqu’au 14 décembre 1864, jour où il sera définitivement admis au service des Enfants Assistés du département de la Seine sous le matricule 10730. Je ne peux m’empêcher de l’imaginer seul, dans un dortoir. Mon pauvre Jules. Dans les documents que j’ai sur lui et dans les recherches qu’il a effectué adultes, il n’a jamais été fait mention de cette Madame ROUX. Se souvient-il avoir passé 2 ans chez elle ? Après ces 2 traumatismes, il a bien le droit d’avoir occulté une partie de son enfance. Une chose est sûre, il n’a donc jamais été trouvé sur une charrette à la frontière espagnole comme cela a été dit dans la famille.

Je décide de marcher un peu, cela va peut-être me remettre de mes émotions…

 

 

Sur la transcription du PV dans le registre des naissances de l’année 1864 de la commune de Suresnes (page 34), il est indiqué que la Police a procédé à des recherches afin d’obtenir des indices sur les parents de Jules, sans résultats, et qu’en conséquence, il a été déposé au dépôt des Hospices de l’AP-HP. Malheureusement, pas de Jules dans les registres des enfants en dépôt de l’année 1864. Où l’ont-ils emmené ?

Je n’ai découvert cette transcription qu’en avril 2017. Une pièce du puzzle tellement importante. 10 ans à chercher, à ne trouver que des bribes mais je t’ai fait une promesse Jules, je ne t’abandonnerai pas. Peut-être qu’un jour je réaliserai l’un de tes plus beaux projets, je l’espère tant…

certif origine

illustration : archive personnelle
Histoires diverses

Parce que tout a commencé un jour !

Certains sont tombés dedans quand ils étaient petits (comme notre cher Obélix), d’autres à la suite de la disparition d’un proche, ou lors du conversation avec la famille… Bref, chacun son histoire !

AFP

source : infographie AFP Paris 2015

Le virus m’a piqué un jour de décembre 2007. A cette période, j’effectuais un stage, dans le cadre de mes études, au Centre d’Interprétation Marne 14-18 à Suippes (Marne). Animée par une passionnée de la Première Guerre Mondiale : Hélène (devenue Directrice du Centre depuis), j’ai d’abord découvert ce premier conflit mondial autrement que dans les livres d’école et les différents lieux où m’ont emmené mes parents. Un jour, à la fin de sa visite, un homme du sud à l’accent marseillais très prononcé, retourne nous voir à l’accueil. Il nous explique que son arrière grand-père est Mort pour la France dans la Marne et qu’il aimerait en savoir davantage mais ne sait comment s’y prendre. Ni une, ni deux, Hélène lui demande les nom prénoms et lieu de naissance de son aïeul, file sur Mémoire des Hommes et récupère sa fiche. Après quelques minutes de recherches dans les bases de données et grâce au site internet de Monsieur GODIN alors maire de Souain, elle lui indique que son arrière-grand-père repose à la Nécropole Nationale de la Ferme de Suippes. Elle lui donne l’emplacement de sa sépulture et les sites internet à consulter pour en savoir plus sur son parcours militaire. Complètement abasourdi et submergé par l’émotion, le visiteur n’a plus de mot. Il n’en espérait pas tant ! Les yeux remplis de larmes, il l’a remercie chaleureusement et part pour la Nécropole à quelques minutes à peine du Centre.

Mon sang ne fait qu’un tour ! Peut-être que mes arrières-grands-pères aussi ont fait la guerre et qu’ils sont morts au combat ! Je n’avais jamais réalisé que ces visages familiers avaient pu vivre des choses horribles…

La fin de journée semble durer une éternité tellement je suis pressée d’en savoir plus… Bien sûr, avec Hélène, nous avons essayé de regarder sur Mémoire des Hommes mais trop peu d’informations en ma possession pour trouver quelque chose.

En rentrant, je me jette sur le téléphone pour appeler ma Mamie (grand-mère paternelle). Elle m’apprend que son papa, Jules Etienne Marie GASNAL, a bien fait la guerre 14. Il a d’abord été blessé puis fait prisonnier dans un camp en Allemagne. Pour le père de mon Papy, décédé alors qu’il n’avait que 5 ans et lui même décédé en 1969, elle ne sait pas grand chose. Elle m’indique juste qu’il est né à Pargny-sur-Saulx (Marne). Bon c’est un bon début !

Je téléphone ensuite à ma Mémère (grand-mère maternelle). Elle ne se souvient pas que son père lui ai déjà parlé de la guerre. Elle me dit qu’étant né en 1900, il ne l’a certainement pas fait. Elle me passe ensuite mon Pépère. Lui m’apprend que son père Philoxime a résisté aux 4 années de guerre au 25ème Régiment d’Artillerie de Campagne (RAC). Super ! Je vais pouvoir débuter mes recherches.

Le soir, je m’intéresse à leur famille respective, l’aventure commence !

Le lendemain, grâce à Hélène, je récupère les historiques succincts des régiments auxquels étaient rattachés Jules et Philoxime (155ème RI et 25ème RAC).

Je vais délaisser mes poilus pendant 5-6 ans au profit de ma collection d’ancêtres et de mes recherches sur le père de Jules.

Je ne sais pas si vous avez fait comme moi lorsque vous avez commencé mais, grâce au site internet marne-archive, j’ai d’abord cumulé des noms, des dates, des lieux sans approfondir mes recherches.

Depuis quelques années, je m’attache davantage à ce que mes ancêtres ont vécu. Malgré le temps qui me manque pour exploiter les fonds aux Archives Départementales, j’essaye d’en savoir plus sur chacun d’eux. J’ai d’ailleurs recommencé tout à zéro, il y a 3 – 4 ans.

Malgré tout, il y en a un parmi eux qui, depuis le début, m’a toujours attiré comme un aimant. Une force inexplicable qui me pousse à chercher encore et encore. Tout me ramène toujours à lui. Ces recherches sont souvent baignées de désillusion mais peu importe, je continuerais. Les fonds à exploiter sont si riches qu’il y a encore à faire pour reconstituer sa vie… Mais j’aurais bien l’occasion de vous parler de Jules dans d’autres articles ou lors d’un rendez-vous ancestral 😉 !

J’en profites pour vous remercier pour vos lectures ! Vous êtes quelques uns tous les jours à parcourir ce blog, c’est très encourageant ! Merci à vous…

A très vite !

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Mes racines

Pour ce réel premier article, j’ai décidé de vous faire découvrir succinctement  mes origines. Nous aurons bien évidemment le temps d’en apprendre plus sur mes ancêtres au fur et à mesure des articles qui seront écrits.  J’ai séparé mon arbre en 4 branches distinctes correspondantes à mes 4 grands-parents. C’est partie !

Mon grand-père paternel : Papy Maurice (LÉGER)

LEGER Maurice 4Mon papy est né le 26 mai 1926 à Châlons-sur-Marne (51). Il est le fruit de 2 familles originaires du Grand Est arrivées à Châlons à la fin du 19ème siècle.

Les LÉGER sont originaires de Mont-Devant-Sassey dans la Meuse (55). C’est un joli village au nord de Dun-sur-Meuse. Hormis les actes d’état-civil de mes ancêtres, je ne connais pas grand chose sur les LÉGER. L’histoire familiale n’est pas arrivée jusqu’à moi. Mon papy est décédé en 1969, bien avant ma naissance et ses parents sont eux aussi décédés très jeune. Sa maman en juin 1926 des suites de sa naissance et son père en 1931 alors qu’il avait que 5 ans à peine. Lui et sa grande sœur ont été élevés par ses grands-parents maternels : les RITZLER.

Les RITZLER sont originaires d’un petit village alsacien : Koestlach (68) (Ne me demandez pas comme ça se prononce, je n’y arriverait pas !). Je bloque de ce côté, une partie des actes sont rédigés en (vieil) alsaciens : moi pas comprendre ! Donc je pèche un peu… Sa grand-mère, Marie Louise DURAND est née en Loire Atlantique dans la commune de LE CELLIER. Depuis 1972, les enfants des grands-parents RITZLER (ils étaient 11) organisent une cousinade qui a lieu tous les 2 ans. Promis, m’entendant bien avec eux, il faut que j’approfondisse mes recherches.

Ma grand-mère paternelle : Mamie Huguette (GASNAL)

GASNAL HuguetteMa mamie est née le 15 juin 1928 à Avize (51). Elle est la fille de mon cher Jules (fils) et la petite fille de Jules GASNAL (père) que j’admire tant. Je connais pas mal de choses de ce côté même s’il y a quelques manques. Comme dirait Mamie  » tu sais, à l’époque, on ne se parlait pas beaucoup ». Jules père est un enfant abandonné. Blanche Adoline Augustine DERUME, son épouse, est née à Chaltrait (51). Sa famille est bien implantée dans les villages environnants.

La mère de ma Mamie, Madeleine Jeanne APERT est décédée en 1931. Elle ne se souvient que très peu d’elle. Après son décès, ma mamie a été élevé par sa grand-mère maternelle Marie Augustine LEROY (Mamie Ninie) jusqu’à l’âge de 6 ans. Les APERT sont originaires de la Creuse (23) plus précisément de Châtelus-Malvaleix et de Ladapeyre. Tous maçons, évidemment me direz-vous, je ne connais pas encore à quelle époque Silvain (le GP de Mamie) est arrivé dans la Marne. J’ai longtemps cru que lui et Marie s’étaient rencontrés à Avize et avaient conclu un mariage d’amour jusqu’au jour où, je découvre que le père de Marie est né dans la Creuse, à Genouillac et que les deux familles avaient l’air de se connaitre…

Mon grand-père maternel : Pépère Raymond (DESON)

DESON Raymond 1946 (2)Mon pépère est né le 14 février 1921 à Aubenton (02). Il est le petit dernier de la famille avec un bon caractère !

Ces parents et leur famille sont originaires de ce même département. Au fur et à mesure que l’on remonte la lignée, le nom de famille se transforme en DESSON. Son père, Philoxime DESON est sémaphoriste. J’aimerais beaucoup en savoir plus sur sa carrière professionnelle. Mon grand-père ne l’a pas beaucoup connu, il est lui aussi décédé en 1931 à l’asile de Prémontré. Philoxime a fait la première guerre mondiale pendant 4 longues années de 1914 à 1918, je sais qu’il a participé aux batailles de la Somme, le chemin des Dames, Verdun… Le pauvre, il a du en voir de toute les couleurs, sa fin dans un asile ne me surprend pas vraiment. Mon grand-père m’a dit qu’il avait vu mourir tous ces camarades gazés dans une tranchée et qu’il s’en était sorti. Légende familiale ou réalité, c’est à éclaircir. La seule photo de Philoxime qu’avait mon grand-père m’a été remise à son décès en 2013. Depuis, il trône fièrement dans mon salon.

Je sais peu de chose sur les DESON et les HINCELLIN. Encore un côté à approfondir…

Ma grand-mère maternelle : Mémère Ginette (LEFEBVRE)

Mariage DESON Raymond LEFEBVRE GinetteMa mémère est née le 21 février 1927 à Châlons-sur-Marne. Elle est la fille de Fernand LEFEBVRE, employé de chemin de fer de l’Est et Henriette Marie Louise GUILLUY que j’ai connu et que j’appelais « la vieille mémère ». Je me souviens qu’elle sentait le muguet !

Les LEFEBVRE sont originaire de la Meuse plus précisément de Clermont-en-Argonne. Harthur (avec un H !), le père de Fernand, est le premier à naitre dans la Marne en 1876 pour s’y installer durablement. Son père Eugène était lui aussi employé des chemins de fer de l’Est. Cette branche est assez flou pour moi. Lorsque j’ai commencé à poser des questions à ma mémère, elle était déjà atteinte de la maladie d’Alzheimer. Compliqué de rassembler les morceaux, surtout que ma grand-mère ne s’embarrassait pas des détails. A chaque déménagement, elle en profitait pour faire le tri dans tout….

Les GUILLUY et leurs ascendants sont implantés depuis des générations dans la Marne : Poix, La Cheppe, Courtisols, Dommartin-Varimont… Ils s’occupaient des terres, maintenant à moi de savoir s’ils en étaient propriétaires. J’ai eu la chance de connaitre mon arrière grand mère et ma mère à également connu la sienne, Anaïs. La famille a eu l’honneur d’avoir un article dans le journal local l’Union à la naissance de ma cousine en 1965. En effet a cette époque et jusqu’en 1971, 5 générations se sont côtoyées : Anaïs, l’arrière arrière grand-mère (88 ans), Henriette l’arrière grand-mère (64 ans), Ginette la grand-mère (38 ans), Michelle la fille (ma tante – 18 ans) et Laurence, la petite fille.

Ce bref tour d’horizon est terminé ! J’ai eu la chance de connaitre 3 de mes 4 grands-parents avec qui j’ai passé des moments inoubliables… Je leur ai posé des tonnes de questions mais pas assez à mon goût ! Ma mamie est toujours a mes côtés et j’espère pour encore très longtemps. J’aime à penser que de la-haut, mes ancêtres sont heureux  des recherches que je fais sur eux (au passage s’ils pouvaient me donner un petit coup de pouce de temps en temps, ça ne serait pas de refus, n’est-ce pas Jules !!!).

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Jules & Co : Kézako ??

Nom trouvé, blog créé, comptes sur les réseaux sociaux ouverts, je crois bien que je n’ai rien oublié…. Ah si peut-être… Vous vous demandez surement « mais pourquoi Jules & Co ? ».

En effet, il y a bien plusieurs raisons !

Tout d’abord, parce que Jules est le premier ancêtre à qui je me suis intéressée. Jules Etienne Marie GASNAL, mon arrière grand-père paternel, le père de ma Mamie, est né le 23 février 1892 à Avize dans la Marne. Grâce à lui, je découvre qu’il est possible de savoir qui était là avant nous, et que l’on peut faire des recherches pour en savoir plus sur eux. Cet art, c’est de la généalogie ! Je découvre aussi la réalité de la Première Guerre Mondiale, à laquelle il a participé, et notamment au travers d’un petit carnet précieusement conservé par ma Mamie.

Je découvre ensuite son père, Jules GASNAL, enfant abandonné et admis à l’Assistance Publique de la Seine à l’âge de 6 ans, présumé né le 12 mars 1857… Je ne saurais expliqué ce que je ressens mais c’est le coup de coeur, pourquoi lui plus qu’un autre ? Je ne sais pas, j’ai l’habitude de répondre « C’est Jules ! » Depuis 10 ans, je cherche, recherche, découvre, rage, désespère puis continue… Petit à petit, le puzzle se construit mais il est encore bien clairsemé. Non je n’abandonnerais pas, je me suis faite une promesse, moi je ne l’abandonnerais pas. C’est une personne extraordinaire, intelligente, vive et pleine d’esprit. Il est si cher à mon coeur qu’il était impossible pour moi de ne pas l’associer à ce blog. Je pense que je vous en parlerais souvent mais stoppez-moi si j’en parle trop ! Je pourrais en faire un roman je crois !

Enfin, « & Co » parce que je culpabilise de délaisser peut-être un peu trop mes autres ancêtres. Ils mériteraient bien sûr que je m’intéresse plus à eux, à leur vie, à leur parcours… Ce blog, c’est aussi le moyen de le faire et de m’y tenir. Je ne doute pas une seconde que chacun d’entre eux sont des personnages uniques. Je me dois de ne pas les oublier. Ils ont fait ce que je suis, chacun a du me transmettre quelque chose de bien ou pas, peu importe. Madeleine, Marie, Fernand, Harthur, Philoxime… Les Marnais, les Creusois, les Meusiens, promis, vous y passerez tous !

A très vite ! et merci de me lire 😉

Si vous voulez en savoir un peu plus sur Jules fils, je participe au Challenge AZ initié par Madame Sophie BOUDAREL de la Gazette des Ancêtres. Il est a suivre sur sa page Facebook.

CP Avize 3