#RDVAncestral

3ème #RDVAncestral : Avize, un jour de septembre 1909

Chaque troisième samedi du mois, il est possible de partir à la rencontre de ces ancêtres. Le #RDVAncestral est un projet d’écriture, ouvert à tous, qui mêle littérature et généalogie. L’idée principal de ce rendez-vous est de partir à la rencontre de ces ancêtres, à l’époque choisi, et d’imaginer la suite. Vous pouvez retrouvez les rencontres de tous les participants sur le site www.rdvancestral.com.

 

Je ne pouvais imaginer mieux pour ce 3ème rendez-vous ancestral ! Je me trouve à Avize, dans la Grande Rue qui accueille la plupart des commerces de ce petit bourg champenois. Je connais bien cette rue, je l’ai tellement observé sur les vieilles cartes postales.

La rue pavée remonte vers le haut du village. J’aperçois un peu plus loin la célèbre carotte rouge adossée au mur d’une maison. Cette carotte, mise en place en 1906, indique la présence d’un bureau de tabac. La rue est animée, les habitants ou visiteurs entrent et sortent des boutiques, s’arrêtent, discutent… Peut-être que les vendanges sont en préparation.

AVIZE - Grande Rue ed GASNAL - Copie

J’arpente la jolie rue en essayant de ne pas me perdre dans mes pensées. Mes ancêtres avizois ont du la parcourir en long, en large et en travers… Après une centaine de mètres, j’arrive devant deux belles boutiques (je vous prie de souligner mon objectivité). Celle de gauche est une épicerie. C’est la succursale n°86 des Docks Rémois. J’adore ce décor d’autrefois ! Dans la vitrine, on peut voir des bocaux bien remplis, des vêtements, des balais, des paniers et toutes sortes de denrées alimentaires.

Un client sort de la boutique. A travers l’entrebaillure de la porte, je remarque une femme derrière son comptoir en bois. Je suis certaine qu’elle est au petit soin avec sa clientèle. Bien évidemment, je la reconnais immédiatement. Il s’agit de mon arrière-arrière grand-mère, Blanche DERUME épouse GASNAL. C’est elle qui tient l’épicerie. Juste en face, dans l’autre boutique, c’est le bureau de tabac de Jules. J’avoue qu’au début, je n’imaginais pas la devanture du magasin comme ça. Mais après tout, nous sommes au début du 20ème siècle, tout est différent du monde dans lequel je vis. L’échoppe est au rez-de-chaussé d’une maison en brique rouge. A la fenêtre, des dizaines et des dizaines de pipes savamment disposer sur un présentoir. Je ne perds pas une seconde de plus, je rentre dans la boutique.

Une petite cloche installée juste au dessus de la porte signale ma présence. La pièce n’est pas très grande mais suffisamment pour accueillir 2 tables avec des chaises. Le comptoir est disposé dans le fond de la salle. Juste à côté, un joli présentoir est rempli de cartes postales. Derrière, une porte semble donner dans un seconde pièce à l’arrière de la bâtisse. J’entends des bruits de pas qui se rapprochent. C’est par cette porte que Jules GASNAL, mon arrière-arrière grand-père, entre dans son magasin.

« Bonjour Madame, que désirez-vous ? me demande-t-il aimablement.

Prise de court, je lui réponds, hésitante :

Bonjour Monsieur GASNAL. Je …. euh… souhaiterais vous acheter des cartes postales. C’est bien vous qui les faites éditer ?

Tout à fait Madame ! Je vous laisse les choisir, si vous avez besoin, je suis à votre entière disposition.

Je m’approche du présentoir et tente d’en sélectionner quelques unes. Je me sens trop bête ! Je rêve depuis des lustres de pouvoir le voir, lui parler et là, je ne sais même plus quoi lui dire ! Pfff ! Je l’observe du coin de l’œil. Il a l’air bien occupé. Son affaire doit marcher, mais pour en être sûre, j’irais vérifier aux Archives Départementales. Le bruit du carillon et de la porte me tire de ma rêverie. Un homme entre dans la boutique.

Bonjour Monsieur BONVILLE, dit Jules.

Bonjour Monsieur GASNAL, comment allez-vous ? demande-t-il. Les deux hommes se serrent la main.

Très bien, je vous remercie et vous ?

Bien, bien. Avez-vous reçu mon tabac d’Amérique du Sud ?

On me l’a livré ce matin même. J’étais justement en train de vous le préparer, répond Jules.

C’est parfait.

Tout en finissant d’emballer la marchandise, Jules demande :

Alors ces vendanges, vous êtes prêts à démarrer la semaine prochaine ?

M’en parlez pas ! Je ne sais pas si la récolte de cette année sera bonne… En plus de cela, il me manque encore des vendangeurs, lui répond-il. Si vous connaissez des personnes courageuses, je suis preneur !

Je pourrais mettre des affiches dans ma boutique si vous voulez, propose Jules. Il lui tend son paquet. Voilà Monsieur BONVILLE, cela vous fera 10 francs 75.

Tenez, voici l’appoint. Je vous remercie, vous êtes toujours efficace, complimente le client.

– C’est avec plaisir Monsieur BONVILLE.

– Bonne journée.

– Bonne journée et à bientôt.

L’homme quitte la boutique. Jules range la monnaie dans une petite boîte. Il fait de la place sur son comptoir et passe un coup de chiffon. Un fois son affaire terminée, il me regarde et dit :

Vous n’avez pas l’air de savoir laquelle choisir.

Euh… Non pas vraiment, elles sont si jolies. J’aimerais toutes les avoir ! lui dis-je.

Jules sourit et s’approche du présentoir. Je me tente :

Monsieur GASNAL, à vrai dire, je ne suis pas venue uniquement pour vos cartes postales. Vous auriez quelques minutes à m’accorder ?

Vous êtes journaliste ! s’exclame-t-il

Non, non, absolument pas. Disons que c’est assez long à expliquer. Je lui indique avec ma main la table la plus proche. Peut-on s’asseoir ?

– Vous m’avez l’air un peu étrange, mais disons que j’aime bien les personnes dans votre genre. Asseyez-vous, je vais nous chercher quelque chose à boire.

– Merci beaucoup !

Je m’asseois, tandis que Jules file dans son arrière boutique et reviens avec 2 verres et une bouteille. Pourvu que ce ne soit pas de l’alcool  ou même du Champagne, j’ai horreur de ça. Il s’assoit en face de moi.

– Merci, Monsieur GASNAL.

Pendant que Jules nous sert, je commence mes explications… Qui je suis, d’oû je viens et à quelle époque je vis. Je lui explique que depuis que j’ai découvert son existence, je suis fascinée par son personnage et que je suis admirative de tout ce qu’il a pu faire. Malgré son enfance triste, il a réussit sa vie de famille, professionnelle et privée. C’est un homme remarquable.

Bon sang, il me regarde avec des yeux ronds comme une queue de pelle ! Voilà, il doit me prendre pour une illuminée ! Je lui explique qu’avec la technologie du 21ème siècle, on peut rendre visite à ces ancêtres et que je suis déjà venue le voir, lorsque Madame ROUX l’a déposé au Commissariat de Police de Puteaux pour l’abandonner une seconde fois…

Jules réagit et me coupe la parole :

Madame ROUX ? Cela me dit quelque chose mais je n’arrive pas me souvenir.

Je pense que vous avez du occulter cette partie de votre vie car personne n’a jamais entendu parler d’elle avant que je tombe sur la transcription du Procès-Verbal d’abandon. 

Et bien, quelle visite ! Je suis à la fois très surpris et heureux de faire la connaissance de ma descendance. Jules me sourit.

J’avais peur que vous me preniez pour une aliénée… lui dis-je.

Ca aurait pu ! Mais je vois bien que tu es honnête, mon arrière-arrière petite fille ! C’est incroyable… 

Bien évidemment, je suis tellement heureuse de passer un petit moment avec lui… Je lui sourit.

– Je peux te poser un peu de questions? me demande-t-il.

Quelques unes, lui dis-je. Mais je ne pourrais pas répondre à tout, je ne veux pas que notre rencontre puisse jouer sur votre vie et votre future. 

Bien entendu. Je suis actuellement en train de travailler sur un engin volant que je vais appeler le monoplan ballon. Je compte dépose le brevet en avril prochain si tout est prêt. Est-ce que je vais obtenir ce brevet ?

Je lui sourit un fois de plus, il est si enthousiaste !

Oui ! Le brevet vous sera attribué en juin 1910.

Oh c’est formidable ! Je savais bien que je tenais quelque chose !

Nous continuons à bavarder et a siroter de la limonade toute l’après-midi en étant dérangé, de temps à autre, par quelques clients. Il prend plaisir à les servir, à leur parler de tout. Pas de doute, il est vraiment exceptionnel.

La journée s’assombrit, il est temps pour moi de lui dire aurevoir.

Merci Jules pour cet après-midi. Tu ne peux pas savoir comme elle me comble de joie. Je suis tellement heureuse de t’avoir rencontré. Mais il est l’heure que je m’éclipse. Pas un mot de tout ça à personne… lui dis-je

Bien évidemment ! Tu peux compter sur moi. Je suis également ravie de t’avoir rencontré. Nous nous reverrons ?

Peut-être lors d’un autre #RDVAncestral… Je l’espère. Aurevoir Jules.

Aurevoir Emeline.

Je tourne les talons, et passe la porte de la boutique. Comme j’aimerais rester ici, mais on n’attends chez moi… Quelques larmes roulent sur mes joues. Ce n’est qu’un aurevoir, je reviendrais le voir, c’est sure.

Famille GASNAL devant boutique modif couleur

Jules, à droite du chien, devant sa boutique de tabac. Juste à côté de lui avec le petit foulard, Jules, son fils, mon arrière grand-père. 

 

 

 

 

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3 thoughts on “3ème #RDVAncestral : Avize, un jour de septembre 1909”

  1. Ce n’est pas vraiment facile d’expliquer à ses ancêtres que l’on se transporte dans le temps depuis le XXIe siècle. On ne sait jamais comment ils vont apprécier notre visite !
    J’admire la précision de ce récit bien documenté et très agréable à lire.

    Aimé par 2 people

    1. Merci beaucoup !! C’est vrai que ce n’est pas facile d’expliquer d’où l’on vient et surtout comment ils vont réagir à cette annonce ! Mais Jules me paraît si ouvert d’esprit que je suppose que ca l’aurait beaucoup amusé ! Mais personne n’est plus là pour le dire ! Merci pour votre commentaire !

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