#RDVAncestral

#RDVAncestral : virée en Creuse, automne 1883

Chaque troisième samedi du mois, il est possible de partir à la rencontre de ces ancêtres. Le #RDVAncestral est un projet d’écriture, ouvert à tous, qui mêle littérature et généalogie. L’idée principal de ce rendez-vous est de partir à la rencontre de ces ancêtres, à l’époque choisi, et d’imaginer la suite. Vous pouvez retrouver les rencontres de tous les participants sur le site http://www.rdvancestral.com.

Je ne peux m’empêcher de tripoter la copie de la photo que j’ai glissé, avant de partir, dans la poche de mon gilet. Je suis un peu stressée aujourd’hui. Le voyage est plus long que d’habitude. Si mon vœu est exhaussé, je quitte ma Champagne natale et bien connue pour rendre visite à mes ancêtres creusois. J’espère que ce périple dans le temps ne sera pas trop chaotique. Va-t-on me comprendre ? Je sais qu’il parle un patois mêlant français, auvergnat et langue d’oc… Ce n’est même pas sûr que je les comprenne ! Enfin, ce ne sont pas d’irréductibles gaulois non plus je suppose ! Je me rassure comme je peux ! On parle tellement de cette Creuse profonde, vide, dépeuplé… Ce qui n’était pas vraiment le cas à la fin du XIXème siècle. J’espère toutefois que cette différence de langage, si elle est bien réelle, ne sera pas une barrière infranchissable. Je ferme les yeux et je me laisse lentement transporter…

L’air est doux malgré un petit vent frais. Je sens les rayons du soleil encore perçants réchauffer l’atmosphère. J’ai bien fait de mettre mon gilet. Dans ma poche, il y a toujours la photo de mon arrière arrière grand-père. Elle a pu faire la traversée avec moi, j’ai de la chance. Un peu anxieuse, j’ouvre les yeux en espérant être tombée au bon endroit. A priori, cela à plutôt bien fonctionné. Je me trouve devant l’Eglise, dans le village de Ladapeyre à une vingtaine de kilomètres au nord-est de Guéret. Il va maintenant falloir que je me dirige vers le hameau du Queyroir où réside mes ancêtres. Mais quel chemin dois-je emprunter ? Si j’étais arrivée près de l’étang à l’entrée du village cela aurait évidemment été plus simple… On verra bien… Je décide de longer la rue qui se situe juste en face de l’église. Elle est bordée de nombreuses maisonnettes. Je trouverais bien quelqu’un pour me renseigner.

Ladapeyre église

Carte Postale – Collection Personnelle

Au bout de quelques mètres, j’aperçois une femme sortir de son habitation. J’accélère le pas pour arriver à sa hauteur :

Bonjour Madame. Excusez moi. Je voudrais me rendre au Queyroir, par où dois-je passer ?

Bonjour. Qu’allez-vous faire au Queyroir ? Y’a rien à voir. Me répond – t -elle sur la défensive.

– Euh… Je souhaite rendre visite à Monsieur et Madame APERT et leurs enfants. Vous les connaissez ? J’ai dans ma poche une photographie, je peux vous la montrer. L’ayant toujours entre mes doigts, je sors immédiatement la photo de Silvain.

APERT Silvain

Silvain APERT (1867-1928) – Collection personnelle

Elle fronce les sourcils. Un peu hésitante, elle se penche tout de même sur la photo.

– Il y a bien des APERT au Queyroir mais vous en trouverez d’avantages à Soumeranges. Je ne pense pas que Silvain y soit. Il a dû partir avec les autres maçons après le travail aux champs au printemps. Son père doit être à la ferme. On dit que sa mère est souffrante. Moi je ne l’ai pas vu. Pour le Queyroir, allez jusqu’au bout de la rue, vous tournez à droite, longez la grande rue, passez l’étang et prenez le prochain chemin à gauche. C’est à un demi lieu d’ici. C’est plutôt calme en ce moment mais ne traînez pas trop. On se méfie des étrangers ici.

– Je vous remercie beaucoup Madame. Bonne journée à vous.

Elle me fait signe et continue son chemin. Finalement ils sont compréhensibles ces creusois ! Enfin, il ne faudrait peut-être pas que je tombe sur des vieillards qui eux, doivent parler le patois ! Je poursuis ma route un peu plus en confiance. Toutefois, les mots de la dame résonnent dans ma tête « Ne traînez pas trop. On se méfie des étrangers ici »…. Je presse le pas pour arriver au plus vite au Queyroir.

Je passe l’étang et tourne à gauche sur le chemin en direction du petit hameau. Je vais enfin pouvoir situer la maison de mes ancêtres. J’ai longtemps cru que tous étaient restés à Chatelus-Malvaleix, commune voisine de Ladapeyre et natale des APERT. Mais Jean, né le 14 septembre 1840 à Soumeranges, hameau de Chatelus-Malvaleix, a épousé Marie LAGARDE le 13 février 1867. Ils auront ensemble 6 enfants dont Silvain, l’aîné, mon arrière arrière grand père né le 3 novembre 1867 à Chatelus-Malvaleix au hameau de Soumeranges aussi. Dans le milieu des années 1870, ils viennent s’installer au hameau du Queyroir où habitait le père de Marie, Pierre LAGARDE.

Le chemin que j’emprunte est bordé de patûre et de petits bois. Cela doit être agréable de vivre ici… J’aperçois une silhouette au loin qui semble se diriger vers le bourg. « Ne traînez pas trop. On se méfie des étrangers ici. » Finalement, elle a réussit à me faire un peu peur. Pourvu que je ne tombe pas sur un brigand.

La silhouette se rapproche au fur et à mesure que nous avançons. Le doute n’est plus permis, il s’agit bien d’une femme, on reconnait aisément la longue robe qu’elle porte.

Plus j’avance sur le chemin et plus je trouve que cette dame a un comportement assez étrange. Elle s’arrête, se penche quelques instants puis reprend sa route et elle recommence quelques mètres après. Je commence à distinguer des bruits roques. Elle tousse. Elle tousse de façon assez intensive en s’arrêtant souvent, crachant même quelques fois. Arrivée à sa hauteur, je m’arrête :

Bonjour Madame. Excusez-moi mais vous n’avez pas l’air bien. Je peux peut-être vous aider ? Voulez-vous vous asseoir un instant ?

Bonjour Madame (toux). Je vous remercie (toux). Ca va aller. Je vais au bourg (toux) voir le médecin. Il va me donner quelque chose (toux), me répond-elle avec difficulté.

Voulez-vous que je vous accompagne ? Personne n’a pu vous y emmener ?

Non (toux), mes fils sont partis travailler (toux) et mon mari (toux) est fort occupé. Je n’en ai pas pour longtemps (toux). Ma fille aînée garde les plus petits (toux). Vous me proposez si gentiment votre aide (toux), que j’accepterais bien volontiers (toux) mais je ne veux pas vous déranger (toux), vous n’êtes pas du coin (toux), vous devez avoir du chemin.

Ne vous en faites pas…. Vous venez du Queyroir ? Attendez je prends votre bras. J’agrippe la dame et nous poursuivons son chemin vers Ladapeyre. Cela n’arrange pas mes plans mais bon, je ne vais pas laisser cette dame comme ça… Et puis, j’ai un bon pré sentiment. Tout à l’heure, l’autre dame m’a dit que Marie était malade. C’est peut-être elle.

Merci, elle tousse et crache puis reprend. J’habite au Queyroir en effet (toux), vous connaissez ? (toux)

Disons que je connais un peu. Bien évidemment, je vais m’abstenir de lui raconter ces vacances où je suis venue arpenter les rues de Ladapeyre ! Elle ne comprendrait pas. J’ai de la famille dans ce hameau mais ils ne me connaissent pas encore si on peut dire…

Ah bon ? (toux) Mais vous n’êtes pas une enfant légitime alors ? (toux) s’indigne-t-elle. Comment votre famille ne vous connait pas encore ? (toux) Je suis née au Queyroir (toux, et je connais tout le monde (toux), avec qui êtes-vous soi-disant en famille ?

Je souris un peu.

Vous savez les histoires de famille, c’est toujours compliqué ! Je suis en famille avec Monsieur et Madame APERT Jean, vous les connaissez bien ?

La femme se mets à tousser un peu plus fort. Elle s’arrête. Puis reprend sa respiration et me dit :

Je suis Madame Jean APERT !

Bingo ! Je suis très satisfaite de cette rencontre ! Je ne vais pas lui dire que c’est la Grand-mère de mon Arrière Grand Mère (sosa n°45) et qu’il n’y a aucune histoire de famille, enfin pas à ma connaissance…

Et bien, c’est une chanceuse rencontre que nous avons fait là ! Lui dis-je avec entrain.

Oui c’est certain, me répond-elle en toussant. Je n’ai pas eu vent d’histoire dans ma famille (toux) qui ferait que je ne vous connaisse pas. Qui êtes-vous ?

Bien sûr, elle allait forcément me poser cette question ! Je ne sais pas ce que je vais pouvoir lui répondre sans que cela ressemble à un beau sac de nœuds incompréhensible et sans éveiller quelconque soupçon !

– Je suis Emeline LEGER, je ne saurais trop me situer mais disons que les APERT sont des cousins éloignés.

Des cousins éloignés, c’est pas mal… Je ne peux pas lui montrer le portrait de son fils. Il est beaucoup plus âgé sur cette photo qu’à cet automne 1883. Dommage…

– Éloignés vous dites ? C’est étrange tout de même, les autres APERT sont tous à Soumeranges (toux).

Voilà, voilà, je suis bien dans la panade ! Essayons de changer de sujet !

Cela fait longtemps que vous souffrez ainsi ?

– (toux) Quelques mois déjà (toux). Je vous avoue que je commence à m’inquiéter (toux). Le Docteur ne sait pas trop pourquoi (toux) je tousse ainsi (toux). Il m’a dit que si cela ne se calmait pas (toux) avant l’hiver, cela pouvait être dangereux pour moi (toux).

A ce point ? Ne traînons pas alors, je ne voudrais pas que vous retourniez chez vous quand la nuit commence à tomber.

Nous continuons toutes les deux en papotant un peu. J’essaie aussi de lui changer un peu les idées. Nous discutons de la vie au Queyroir, de ses enfants. J’aimerais qu’elle m’en apprenne plus sur Silvain. Quand a-t-il débuté sa carrière de maçon ? Comment cela se passait pour lui ? A-t-il déjà des connaissances dans la Marne qui l’aurait poussé à s’y installer dans quelques années ? Malheureusement, nous arrivons déjà dans le petit bourg. La route est moins longue à deux.

Je vous remercie (toux) sincèrement de m’avoir accompagné (toux). C’était un moment agréable (toux), me dit Marie. Le médecin habite dans cette maison à l’angle de la rue (toux). Je ne vais pas vous retenir plus longtemps. Je vous dis à bientôt alors ! (toux) Repassez à la maison quand vous voulez. Je présenterais leur cousine éloignés à Jean et aux enfants.

C’est moi qui vous remercie Marie pour ce moment avec vous. J’espère que vous vous rétablirez vite… Prenez soin de vous.

Merci. Aurevoir Emeline.

Aurevoir Marie.

Je quitte Marie dans une bien faible posture. Il est temps pour moi de regagner ma Champagne.

Marie LAGARDE épouse APERT décèdera le 11 janvier 1884 à l’âge de 44 ans. Son mari s’éteindra à Ladapeyre le 21 janvier 1936 à l’âge de 96 ans.

Ce récit est évidemment imaginé puisque je ne sais de quoi souffrait Marie pour partir à cet âge…

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