Challenge AZ 2018

#ChallengeAZ – Z comme Zest d’histoires personnelles

A Châlons-en-Champagne, le 30 novembre 2018.

Lettre d’Emeline LEGER à Marcel LEGER, Jules GASNAL, Philoxime DESON et Fernand LEFEBVRE, ses arrière-grands-pères et poilus.

Z histoires personnelles

Photographies personnelles – en haut à gauche : Marcel LEGER / à droite : Jules GASNAL
en bas à gauche : Philoxime DESON / à droite : Fernand LEFEBVRE

 

Mes chers Poilus,

Il y a tant de mots que j’aimerais vous dire et de questions à vous poser.

Ce Challenge, je l’ai fait avant tout pour vous, pour vous rendre hommage une dernière fois avant que la page des commémorations du centenaire de cette terrible guerre se referme définitivement. Bien sûr, elle continuera d’être racontée dans les manuels scolaires, transmises par des passionnés mais généralement dans une globalité impersonnelle. Grâce à la célébration de ce centenaire, je me suis rendu compte qu’au-delà des faits historiques, il y avait des millions d’histoires personnelles de ceux qui ont fait la Grande Guerre. C’est vous, petits soldats de deuxième classe, par vos obligations, par votre obéissance, par votre patriotisme aussi et parfois votre folie, qui avez porté la Première Guerre Mondial à bout de bras. Vous êtes revenus de l’enfer, blessés, meurtris, fous, changés, peut-être avec le sentiment que vous n’aviez plus votre place parmi les vivants. Notre devoir est de vous raconter encore pour ne pas oublier vos sacrifices, les sacrifices de millions d’hommes.

A toi, Marcel,

Blessé, te voilà trépané à 21 ans. Comment peut-on vivre avec 20% de la boite crânienne en moins ? Ton courage sera cité à l’ordre du 76ème régiment d’infanterie « Fusillier mitrailleur très brave le 16 avril 1917 au Bois des Buttes, a été blessé au cours d’une attaque faisant courageusement son devoir ». Tu recevras la Croix de Guerre. Tu t’essayeras à plusieurs métiers, jusqu’à trouver ta voie dans la Police Municipale en 1929 où l’on te confie la surveillance des promenades du Jard à Châlons-sur-Marne. Très apprécié de tes collègues, des membres de l’amicale des mutilés de guerre et de la municipalité de Châlons, ton décès, le 31 mars 1931, affectera tes proches. Un hommage te sera rendu à tes obsèques le 5 avril suivant, jour de tes 35 ans, par une foule de personnalités de la Commune et d’anonymes.

A toi, mon cher Jules,

Blessé lors de la bataille de la Marne, le 6 septembre 1914, tu ne perdras pas ton sens de l’humour ! « Les allemands m’ont fait un deuxième trou de balle ! » disais-tu. Prisonnier le 29 janvier 1915, tu seras rapatrié au dépôt de ton régiment le 8 décembre 1918 et démobilisé le 1er août 1919. Tu retourneras à Avize, chez tes parents à 27 ans. Mathilde ne t’attendra pas. 20 ans après ton retour, tu seras de nouveau mobilisé en 1939, pour une courte durée heureusement. Ta fille et tes petits-fils garderont une image douce et tendre de toi.

A toi, Philoxime,

4 ans de Guerre, 4 ans de tortures psychologiques pour toi. Mobilisé dès le 1er août 1914, tu intégreras le célèbre 25ème Régiment d’Artillerie de Campagne en janvier 1916. Le 4 mars 1919, tu rentras enfin près de ta femme et de tes enfants. Le 26 avril 1931 tu seras interné à l’hôpital psychiatrique de Prémontré (Aisne) où tu décèderas le 18 mai 1931. « J’ai voulu me faire du mal. Je ne peux pas manger car je n’ai plus rien du tout dans mon ventre, plus de cœurs, plus d’estomac, plus d’intestins… » Extrait de l’entretien avec le médecin psychiatre en mars 1931.

A toi, Fernand,

Poilus de la dernière heure, ta motivation devait être conduite par tes convictions. Après 4 ans dans la Marine, tu reviendras à la vie civile en 1921. Cheminot, père de 11 enfants, tu t’éteindras le 24 avril 1956 a l’aube de tes 56 ans.

Et enfin à Gaston LEGER, disparu le 27 août 1917. Je pense souvent à toi. Je fais en sorte que l’on ne t’oublie pas.

A vous, mes aïeux, mon sang, mes racines,

Vous n’êtes pas dans les livres d’histoires mais votre vécu rejoint l’Histoire de France et du Monde. 

Affectueusement,

Emeline

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Challenge AZ 2018

#ChallengeAZ – Y comme Yeux Bleus

A Goudelancourt-les-Pierreponts (Aisne), 11 novembre 1918.

Lettre de Berthe HINCELLIN épouse DESON à son mari Philoxime.

Yeux bleus

Les yeux bleus de Raymond DESON, 5ème enfant de Philoxime ayant les mêmes yeux que lui.

 

Mon tendre époux,

J’ai appris ce matin que cette maudite guerre qui m’a éloigné de toi est terminée. C’est fini. Nous allons te retrouver, les enfants et moi. Quelle joie ! Je vais à nouveau pouvoir me plonger dans tes yeux bleus intenses, profonds, somptueux. Nous allons reprendre le cours de nos vies, ta présence dans notre foyer me manque tant. C’est si triste ici. J’imagine qu’à ton retour la neige cessera de tomber, nous passerons nos soirées d’hiver près du feu et au printemps, les fleurs repousseront sur nos terres meurtries, les oiseaux chanteront et nous pourrons contempler ensemble ces moments délicieux. Je pourrais voir mon reflet dans tes beaux yeux bleus, ceux que j’aime tant, remplis d’amour, de joie et de bienveillance. Les enfants pourront enfin te connaitre vraiment, pas seulement dans ce que je leur dis de toi.

Tu me manques tant.

Je t’embrasse tendrement.

Berthe.

Challenge AZ 2018

#ChallengeAZ – X comme Croix de Guerre

A Châlons-sur-Marne, le 27 novembre 1918.

Lettre de René LEGER à son frère Marcel encore au dépôt du régiment.

Mon frère,

Je t’apporte des nouvelles de bon augure. Mes relations au Ministère m’ont informé que Gaston serait éligible à la Croix de Guerre. Bien sûr, avant, il faut savoir ce qu’il en est pour lui. Pour le moment, il est toujours porté disparu. Quand les allemands auront évacué le territoire, les recherches reprendront. Je t’imagine hocher pour me poser d’autres questions, la suite arrive ! S’il n’est pas retrouvé, et j’espère le contraire évidemment, il faudra attendre qu’un jugement soit prononcé pour rendre officielle sa perte. Et avec tous les disparus, cela peut prendre plusieurs années.

Mon cher frère, nous sommes également tous les deux sur la liste pour obtenir cette récompense. Au-delà de cette reconnaissance de la nation pour les sacrifices des combattants, je ne me réjouis pas tant. J’aurais mille fois préféré que cette guerre n’arrive pas et égoïstement que Gaston soit encore auprès de nous et que nous soyons entier.

Je t’embrasse Marcel.

J’espère que tu seras avec nous pour Noël.

René.

Challenge AZ 2018

#ChallengeAZ – W comme Warriors

A Giessen, le 7 décembre 1918

Lettre de Jules GASNAL, toujours au camp de Giessen en Allemagne, à ses parents.

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Carte Postale du Camp de Giessen – Site Histoire de Poilus

Mes chers Parents,

L’heure est aux adieux. Nous prenons le train dès demain matin pour la frontière puis nous serons rapatriés en France. Quelle joie !

Ce matin, Bradier et moi avons partagé un dernier café avec nos camarades warriors (cela veut dire soldats en anglais) anglais et américains. Je retiens de ses 3 longues années de labeur, l’entraide, le soutien et la solidarité entre tous les prisonniers, quel que soit la nationalité. On ne se battait plus pour un pays, pour une alliance, il n’y avait plus de couleur de peau ni de langue. Juste des hommes qui survivaient pour la paix du monde.

J’ai appris quelques mots d’allemand, d’anglais et de russe. Je connais un peu leur culture aussi. Cela ouvre l’esprit. Je te raconterais tout cela mon cher papa, je sais que tu seras fasciné.

Je vous embrasse bien fort ! Je suis là dans quelques jours !

Jules

Challenge AZ 2018

#ChallengeAZ- V comme Victor

A Grivesnes (Somme) , le 31 mars 1918

Lettre de Philoxime DESON à son fils aîné Victor

carte postale Victor.jpg

Carte postale – http://www.ancarpost.org

Mon grand,

Par cette jolie carte, je te souhaite un bon anniversaire. Comme j’aimerais être près de toi en ce jour. Je t’ai quitté petit garçon et te voila maintenant âgé de 7 ans Cet un bel âge tu sais, l’âge d’être un grand garçon, d’aider ta maman surtout dans les tâches extérieures, de veiller sur ta sœur et ton petit frère. Il faut aussi aider grand-père et grand-mère aux champs, ils pourront t’apprendre les éléments essentiels sur la nature, les saisons, les cultures. 

Mais parlons un peu de toi. J’aimerais tellement pouvoir être présent à tes côtés. Qu’aimes-tu faire après l’école ? As-tu beaucoup de copains ? Quel est ton plat préféré ? Je suis sûr que ce que te prépare ta belle et douce maman remplie correctement ton petit estomac.

Je t’embrasse mon grand et je pense très souvent à toi.

Ton papa

Challenge AZ 2018

#ChallengeAZ – U comme Ultimes jours

Giessen, le 5 décembre 1918.

Lettres de Jules GASNAL, prisonnier en Allemagne, à ses parents.

Retour

Photographie parue dans le journal Excelsior du dimanche 2 février 1919 – www.chemindememoire.gouv.fr

Mes chers parents,

Nous sommes sur le départ ! Je vais revoir la France ! Comme je suis heureux…

Avec mes camarades, nous avons rassemblé le peu d’affaires que nous avions. Nous nous sommes échangés des photographies et des cartes postales pour avoir des souvenirs de notre séjour. Demain, je ferai mes adieux à la famille Liebold. J’espère que nous pourrons correspondre un peu. Je voudrais leur envoyer des produits de France pour les remercier de leur accueil. Les jours ici furent plus doux grâce à eux. Je voudrais leur montrer que notre pays est plein de ressources et que nous avons de merveilleuses choses à manger comme le pain. Je sens d’ici l’odeur du pain chaud qui court dans la Grande rue d’Avize. J’ai tellement hâte de vous retrouver, d’embrasser Bernard et mes petites sœurs, de voir René et de rencontrer sa nouvelle femme. J’ai hâte de retrouver la boucherie et pouvoir servir les fidèles clients. Vous savez, je rêve de m’acheter un appareil pour prendre des photographies ! C’est important de pouvoir immortaliser les moments heureux de nos vies.

Je vous embrasse bien fort !

Je serai là dans quelques jours !

Jules

Challenge AZ 2018

#ChallengeAZ – T comme Toulon

A Toulon, le 3 octobre 1918.

Lettre de Fernand LEFEBVRE à ses parents.

toulon

Carte postale – Google image

 

Mes chers parents,

Je suis bien arrivé au 5e dépôt des Equipages de la Flotte à Toulon. J’ai pris mes quartiers avec les camarades. Après une instruction de quelques jours au régiment, j’espère que nous prendrons la mer dès la semaine prochaine. Le voyage en train s’est bien passé, j’ai traversé plus de la moitié de la France et vu des paysages somptueux. Qu’il est beau notre Pays, nous ne pouvons pas le laisser aux mains des boches ! Je compte bien être une recrue de premier choix, montrer au commandant qu’il peut compter sur mes qualités et ma force. Je pense être utile, chacun d’entre nous est utile pour défendre notre pays. Chaque action doit être faite avec le dévouement le plus complet. Je suis si fier de pouvoir représenter la France.

J’espère que vous vous portez bien. Je pense bien à vous.

Votre dévoué Fernand

Challenge AZ 2018

#ChallengeAZ – S comme Silence

Audenarde (Belgique), rive droite de l’Escaut, le 13 novembre 1918.

Lettre de Philoxime DESON à son épouse Berthe.

no man's land

Bibliothèque et Archives du Canada – https://www.collectionscanada.gc.ca/

Ma belle épouse,

Nous avons célébré l’Armistice deux soirs de suite. Les camarades et moi avons ri, bu, chanté, c’est la joie ! Mais quand vient l’heure du coucher, chacun retrouve sa paillasse, on entend quelques voix, le crépitement du feu, le vent qui murmure puis le silence s’installe petit à petit. Plus de balles qui sifflent, plus de canons qui tonnent, plus de cris, plus de hurlements, juste le silence… Un silence de mort…

Je n’aurais jamais imaginé que le silence m’empêcherait de dormir et pourtant… Mes yeux ne se ferment plus, j’ai simplement peur de les fermer.

J’aimerais être près de toi pour me rassurer. Il me tarde de rentrer.

Je t’embrasse tendrement.

Philoxime.

Challenge AZ 2018

#ChallengeAZ – R comme Reverie

A Giessen (Allemagne), le 16 août 1918.

Lettre de Jules GASNAL, prisonnier en Allemagne, à Mathilde, celle dont il est amoureux.

Avize - Rue d'Oger

Carte Postale – Collection Personnelle

Ma chère Mathilde,

Cette nuit, j’ai encore rêvé de toi. Comme à nos habitudes, nous nous promenions, route d’Oger par un bel après-midi d’été. Nous parlions de la vie, du beau temps, de nos sentiments et de ce que nous ferions plus tard. C’était si réel, je sentais ta main dans la mienne. Ma belle Mathilde, reverrais-je un jour tes doux yeux, ton beau sourire, tes longs cheveux que tu nattais soigneusement ? Je pense si souvent à toi, à nous… Reçois-tu seulement mes lettres ? Pourquoi n’y réponds-tu pas ? J’ai toujours le petit présent que tu m’as offert avant de partir au régiment. Je le garde avec un soin précieux.

Je te dédie ce poème :

Ta bouche mi-close

Contre mes lèvres roses

Me fait tressaillir

D’amour et de plaisir

Je me souviens encore

Des heures de rêverie

Que nous faisions tous deux

Dans ses vertes prairies

 

Je t’embrasse

Ton Jules

Challenge AZ 2018

#ChallengeAZ – Q comme Quartier

Flandres, le 1er décembre 1918.

Lettre de Philoxime DESON à son épouse Berthe.

Quartier

Extrait du livre Fêtes d’Alsace, les plus belles cartes postales

Ma belle épouse,

Nous quittons les Flandres demain matin pour l’Alsace. J’espérais que nous rejoindrions nos quartiers au Régiment mais il n’en est rien. Je pense que nous en avons pour un bon mois de marche. Je ne serai pas retour pour Noël, quelle déception ! Un Noël de plus loin de vous. C’est déchirant. La guerre est finie, la France est victorieuse mais nous, pauvres soldats, n’avons pas le droit au repos que nous méritons, nous sommes loin de nos familles alors que nous nous sommes battus pendant 4 longues années pour elle. Je vis cela comme une injustice.

Je pense à toi et aux petits, vous me manquez terriblement.

Je vous embrasse bien fort.

Philoxime